L'arcane sans nom, Pierre Bordage

Clément Solym - 12.02.2012

Livre - L'arcane sans nom - Pierre Bordage - Editions La Branche


 Il y a d'abord Sahil, déserteur afghan, en transit à Paris dans l'attente d'une occasion pour passer en Angleterre où, sans papier ni visa, sans titre de séjour, il espère se noyer plus facilement dans la masse.

 

Ensuite il y a Méphisto : une sorte d'illuminé sataniste qui vit dans un squat au sein duquel il a fait admettre Sahil parce que ce dernier, par hasard, l'avait sorti d'un mauvais pas et qu'il lui en était redevable.

 

Il y a aussi Ten, également sataniste, qui prépare, avec Méphisto, un spectacle à présenter pendant la nuit du Vendredi 13 dans les Allées du Cimetière du Père Lachaise. Spectacle où elle fera figure d'offrande aux morts que Méphisto sacrifiera sur un autel.

 

Et puis il y a Djidjo, la petite Rom à laquelle Sahil a donné une petite pièce et qui, du coup, s'installe à ses côtés un peu comme un ange gardien.

 

Ce que Sahil n'aurait pas dû faire, c'est accepter ce contrat que lui a proposé un mec carrément louche amené par Méphisto : en échange de quinze mille euros et de papiers en bonne et due forme, il a accepté, lui, le soldat afghan qui a déserté son pays de guerre, lui qui a vu la mort à ses côtés et a parfois été son messager, lui qui fait des cauchemars où s'imposent les grands yeux de cette femme qu'il a tuée, oui, lui, a accepté d'assassiner froidement la cible qui doit lui être désignée.

 

Sauf que, en situation, son instinct de soldat lui a interdit de tirer sur cette femme trop bien entourée de gardes du corps visiblement prêts à éliminer l'assassin de celle-ci. Un piège trop évident. Mais, devenu témoin très gênant, c'est Sahil qui est maintenant devenu la cible et doit fuir. 

Or échapper à des professionnels, dans l'inconfort de sa situation irrégulière, n'est pas évident.

  

A première vue, comme cela, il aurait peut être pu y avoir là de quoi faire quelque chose de sympathique. Sauf que Pierre Bordage a gâché la marchandise en nous jetant à la figure un roman alimentaire où les ficelles sont tellement grosses qu'il n'y a plus matière à rêver.

 

Tous les poncifs du genre sont mis à l'épreuve, de la course poursuite en bagnole sur l'autoroute jusqu'au vidage des poubelles pour retrouver un flingue, en passant par la bonne fée qui veille sur son protégé lequel n'aurait, sans elle, aucune chance de s'en sortir.

 

Un peu d'amour à l'eau de rose où le sang des cochons s'interpose comme rempart à des passions musulmanes et on aura fait le tour.

 

Non, décidément, Pierre Bordage se moque de nous. Si je n'avais pas encore quelque considération pour le genre qui, par ailleurs, s'assume, je dirais qu'il n'est même pas du niveau des romans de hall de gare tant l'indigence du scénario est manifeste. Lui, il nous fait croire qu'il joue dans une autre cour mais c'est loin d'être le cas.

 

Que dire alors de Vendredi 13 qui est l'image de marque de la collection et qui se fourvoie dans cette galère : est-ce seulement le nom de l'auteur qui a aveuglé à ce point l'éditeur ? Dans cette Arcane Sans Nom, le jour symbolique n'a même pas dépassé le rang du simple prétexte et l'arcane est le simple fait que ce livre ait pu paraître.


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