L'archer du pont de l'Alma, Hervé Algalarrondo

Clément Solym - 18.07.2008

Livre - archer - pont - Alma


Imaginez ! Toute votre vie, lorsque vous avez pris une décision sur n’importe quel sujet, votre corps n’a eu d’autre option que d’obéir à votre esprit : monter, descendre les escaliers, accompagner votre enfant voir un match au stade, prendre le train, rien que de très naturel.

Aussi, imaginez toute l’angoisse qui peut progressivement envahir le personnage central de ce roman quand, après avoir subi d’abord l’introduction de son pouce dans sa bouche pour un épisode de suçage enfantin qu’il n’a pas désiré, puis des dégoulinements de sueur sur les paumes des mains et sous les aisselles, puis, au lieu de l’inspiration nécessaire pour allumer une cigarette, un souffle précis sortant de ses lèvres pour éteindre systématiquement allumette ou briquet, il finit par ressentir l’impossibilité de prendre le chemin habituel lui permettant de rejoindre le domicile conjugal !

Une mise au pli de l’être par le corps qui va conduire cet homme jusqu’à Gibraltar où son corps va progressivement passer du lancer de fléchettes dans un bar anglais, au tir à l’arc dont il deviendra rapidement un maître de précision.

Ce qui le conduira, quelque temps plus tard, à se retrouver sous le Pont de l’Alma, attendant au bout de sa flèche posée sur son arc bandé, le passage de la cible désignée par son corps à son esprit défendant !


Le roman d’Hervé ALGALARRONDO est à la croisée des chemins de la science-fiction et du polar.

De la science-fiction, il procède à côté du monde de tous les jours avec un décalage suffisant pour créer une quatrième dimension, celle d’un monde où d’autres repères ont cours et où les certitudes du réel d’aujourd’hui ne sont plus.

Et il n’est certainement pas totalement anodin qu’une question finale vienne replonger dans de nouveaux univers possibles, un monde qui semblait pourtant avoir fini par retrouver toute sa cohérence bien sécurisante.

Du polar, il m’a paru s’inspirer de la série télévisée du lieutenant Colombo (plus fan que moi, tu meurs !!!…) dans laquelle l’histoire conduisant au meurtre finit souvent par être au moins aussi longue que l’enquête elle-même du fin limier. Le coupable est connu du lecteur et l’enquêteur a tôt fait de cerner sa proie, la manipulant quand l’autre croit le manipuler.

L’aboutissement, cependant, est tout autre dans le roman et ne peut certainement plus soutenir la comparaison avec le dénouement des enquêtes du célèbre lieutenant futé, obstiné et méthodique.

Encore qu’il y ait au moins une dernière similitude : celle de l’admiration réciproque des protagonistes au moment de la chute finale.

Un moment de détente facile, à mon sens tout à fait compatible avec la perspective saisonnière du parasol, du délassement et de la mise au rancard provisoire des contingences quotidiennes.