L'autre Joseph : Staline et l'aviateur Davrichewy

Mimiche - 13.10.2016

Livre - Joseph Staline - aïeul - Géorgie


Fin des années 1870, début des années 1880, dans les rues de Gori, en Géorgie, deux enfants, deux Joseph, partagent l’école, la rue et les coups de poing !

 

L’aîné, Djougachvili, est issu d’une famille pauvre. Son père boit et sa mère supporte ses violences. Elle travaille au domicile de la famille Davrichachvili dont le maître de maison, Damiané, Préfet de Gori, est le père de l’autre Joseph, de seulement quelques années plus jeune que le premier.

 

Tous deux auront un parcours exceptionnel pour des enfants nés dans une sorte de colonie de la Russie tsariste.

 

Le premier, surnommé Sosso, deviendra plus tard le secrétaire du Parti Communiste Soviétique et sera plus connu sous le nom de Staline.

 

Le second, dont le nom variera au cours de ses pérégrinations ajoutant ici une particule, là changeant d’écriture en Davrichewy, après avoir mené, parallèlement au premier, des engagement révolutionnaires pour libérer sa Géorgie natale de l’emprise russe, s’exilera en France, en Suisse, puis deviendra aviateur au sein de l’armée française pendant la Grande Guerre.

 

Kéthévane DAVRICHEWY, l’auteure de ce roman, est l’arrière-petite-fille de ce Joseph-là.

 

A partir de recherches personnelles, c’est la vie (assez) romancée (ce qui lui permet de remplir les vides de la biographie de son aïeul) qu’elle a entrepris de raconter dans ce livre.

 

 

Passées les premières pages où j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce qui n’est pas (malgré tout) complètement une biographie de son ancêtre, passé aussi par dessus une écriture hachée, pas toujours très agréable, composée de phrases courtes et parfois lapidaires où les dialogues s’inscrivent dans la continuité du texte, je me suis progressivement laissé prendre par ce livre qui raconte les petites histoires de la Grande.

 

Au delà des simples anecdotes qui attachent le roman aux réalités historiques, c’est un pan de l’Histoire que l’école ne m’a jamais raconté et que la personnalité de Staline ne m’a jamais incité à approfondir, qui se découvre au fil des chapitres.

 

Cette relation ambiguë et conflictuelle entre les deux Joseph est particulièrement intéressante, imbriquée qu’elle est dans des mouvements qui vont changer la face du monde, faisant apparaître ici et là des figures mondialement connues que les origines de deux Joseph préparaient peu à croiser.

 

Bien sûr le livre reste, pour une large part compte tenu de zones d’ombres de la vie de Joseph Davrichewy, romancé au milieu d’une trame évidemment véridique et il relève autant de l’introspection familiale que de la littérature mais il est vrai que Kéthévane DAVRICHEWY y donne suffisamment de vie pour en faire une lecture passionnante, instructive et très prenante : en fait, je ne l’ai lâché qu’une fois la dernière page tournée. Et ça ce n’était pourtant pas gagné à l’issue des premières.


Pour approfondir

Editeur : Sabine Wespieser
Genre : litterature...
Total pages : 280
Traducteur :
ISBN : 9782848052007

L'Autre Joseph

de Kéthévane Davrichewy

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1878. Quelques années plus tard, à quelques rues de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. » Dès les premières lignes de son nouveau livre, Kéthévane Davrichewy avertit son lecteur : la mémoire familiale en sera la matière. Mais, quand son arrière-grand-père a grandi avec Staline, l’histoire intime prend très vite une dimension vertigineuse. Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s’il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l’agace. D’autant qu’on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ? Jusqu’à la révolution de 1905, où les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront côte à côte, leurs destins s’écrivent en parallèle. Tous deux poursuivent leur scolarité à Tiflis : Sosso au séminaire, où il s’avère un agitateur notoire ; Joseph au collège, où il prend sous sa protection un garçon romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoyé en prison, puis exilé en Sibérie, Joseph part étudier à Paris, bouillonnant d’idées révolutionnaires. Quand ils se retrouvent à Tiflis, Joseph se bat pour une Géorgie indépendante, alors que Sosso le Bolchevik a d’autres visées. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalités… Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu’en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n’avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ? Dans sa passionnante enquête sur son mystérieux arrière-grand-père, l’écrivain s’empare de l’histoire pour la mettre à sa vraie place : dans sa vie. Les dernières pages de son roman éclairent de manière bouleversante la dédicace à son propre père. Kéthévane Davrichewy est née à Paris. Après La Mer Noire (2010), qui déjà puisait son inspiration dans ses origines géorgiennes, elle a publié, toujours chez Sabine Wespieser éditeur, Les Séparées (2012) et Quatre murs (2014).

J'achète ce livre grand format à 21 €

J'achète ce livre numérique à 15.99 €