L'ebook a 40 ans > 1997 > E Ink, technologie d'encre électronique

Marie Lebert - 06.06.2011

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Les recherches sur le papier électronique sont en cours dès 1997. Ce support aura une densité comparable au papier plastifié ou au transparent. Il pourra être utilisé indéfiniment, avec un contenu changé à volonté via l’internet.Si le concept est révolutionnaire, et suscite les passions bien avant 2011, le produit lui-même est tout simplement le résultat d’une fusion entre trois sciences, la chimie, la physique et l’électronique. Plusieurs équipes travaillent à des projets différents, les deux projets les plus avancés étant ceux des sociétés E Ink et Gyricon Media.

La technologie E Ink

En avril 1997, des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of Technology) créent la société E Ink pour développer une technologie d'encre électronique. Très schématiquement, la technologie est la suivante : prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de micro-capsules contiennent chacune des particules noires et blanches en suspension dans un fluide clair. Un champ électrique positif ou négatif permet de faire apparaître le groupe de particules souhaité à la surface du support, pour afficher, modifier ou effacer les données.

 

 

 

 


En juillet 2002, E Ink présente le prototype du premier écran utilisant cette technologie, un écran de haute résolution à matrice active développé en partenariat avec les sociétés Toppan et Philips. Cet écran est commercialisé en 2004. Suivent des écrans pour diverses tablettes de lecture (Librié, Sony Reader, Cybook, Kindle, Nook, etc.) puis les prototypes des premiers écrans souples, qui annoncent le papier électronique de demain.

La première tablette de lecture disposant d’un écran E Ink de 6 pouces (au lieu de l’écran LCD habituel) est le Librié, lancé en avril 2004 par Sony au Japon. Suit le Sony Reader lancé en octobre 2006 aux États-Unis, avec un nouvel écran utilisant une technologie E Ink plus avancée, à savoir « un écran qui donne une excellente expérience de lecture, très proche de celle du vrai papier, et qui ne fatigue pas les yeux » (Mike Cook, auteur du site epubBooks.com). Un écran E Ink équipe également le Cybook Gen3 lancé par Bookeen en juillet 2007, tout comme le Kindle lancé par Amazon en novembre 2007 et le Nook lancé par Barnes & Noble en novembre 2009.

La technologie Gyricon

Un autre projet d’encre électronique est développé par Xerox. Le centre Xerox de la Silicon Valley (Californie), dénommé PARC (Palo Alto Research Center), travaille depuis 1997 à la mise au point d’une technique d’affichage dénommée gyricon.

 

 

 

 


Le procédé est un peu différent de celui de la société E Ink. Très schématiquement, la technologie est la suivante : prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de micro-alvéoles contiennent des micro-billes bicolores en suspension dans un liquide clair. Chaque bille est pourvue d'une charge électrique. Une impulsion électrique extérieure permet la rotation des billes, et donc le changement de couleur, pour afficher, modifier ou effacer des données. Dénommé SmartPaper, ce papier électronique est destiné à être produit en rouleaux, tout comme le papier traditionnel.

En décembre 2000, des chercheurs de PARC créent la société Gyricon Media dans le but de développer et commercialiser le SmartPaper. Le marché pressenti est d'abord celui de l'affichage commercial, qui utilise le système SmartSign, développé par Gyricon Media en complément du SmartPaper. La vente d’affichettes fonctionnant sur piles débute en 2004. Viennent ensuite les panneaux de signalisation électroniques puis les premiers prototypes de papier électronique et de journal électronique. La société Gyricon Media disparaît en 2005, les activités de recherche et développement se poursuivant au sein de Xerox.

Le codex numérique

Christian Vandendorpe, professeur à l’Université d’Ottawa (Canada) et spécialiste des théories de la lecture, écrit en mai 2001 lors d’un entretien par courriel : « Lorsque le procédé de l’encre électronique sera commercialisé sous la forme d’un codex numérique plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière réfléchie, comparable à celle du papier - ce qui devrait être courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait guère de doute que la part du papier dans nos activités de lecture quotidienne descendra à une fraction de ce qu’elle était hier. En effet, ce nouveau support portera à un sommet l’idéal de portabilité qui est à la base même du concept de livre.

Tout comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait lui-même déplacé la tablette d’argile, le codex numérique déplacera le codex papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques décennies, grâce notamment au procédé d’impression sur demande qui sera bientôt accessible dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages susceptibles de permettre l’affichage de millions de livres, de journaux ou de revues, le codex numérique offrira en effet au lecteur un accès permanent à la bibliothèque universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité, qui répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de l’indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des recherches plein texte et de trouver immédiatement le passage qui l’intéresse.

Enfin, le codex numérique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothèque et accélérera la mutation d’une culture de la réception vers une culture de l’expression personnelle et de l’interaction.
» (Entretien du NEF)


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