L'emprise : thriller politique réussi de Marc Dugain

Xavier S. Thomann - 21.04.2014

Livre - Marc Dugain - Thriller - Politique


« Il était conscient qu'une fois au sommet de l'État il ne pourrait rien changer en profondeur» C'est ce que se dit Philippe Launay, candidat à la présidence de la République française, l'un des nombreux personnages du nouveau roman de Marc Dugain, L'emprise (Gallimard). L'auteur de la Malédiction d'Edgar nous plonge cette fois-ci dans les sombres recoins de la politique, du renseignement et de l'industrie énergétique de l'Hexagone. Un roman divertissant, bien mené et qui donne un peu à réfléchir.

 

« Le pays s'enfonce, lentement et durablement. Les conservatismes sont si puissants que personne ne peut le redresser en cinq ans. Donc, même si vous faites du bon boulot, les électeurs vous jetteront à la fin du quinquennat» On l'aura compris, L'Emprise n'offre pas une vision très optimiste de l'état politique de la France. C'est dans l'air du temps. Lire L'emprise c'est comme parcourir la « une » des quotidiens de ces dernières années. On se remémore les affaires qui rythment désormais la vie politique. 

 

« Vos méthodes vous obligent, après avoir pris le pouvoir, à le garder longtemps. Sinon la justice vous tombe dessus comme la vérole sur le bas clergé breton» On se demande bien d'où Marc Dugain a pu tirer pareille idée… Idem pour : « J'ai vu que vous avez mis dix-neuf fois le mot “changement” dans le discours. Si après cela ils ne sont pas convaincus que rien ne va changer, c'est à désespérer» Vraiment, quelle imagination … Comme on dit au cinéma, « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »…

 

 

On pourrait citer ad libitum les remarques qui sonnent comme autant de commentaires de l'actualité. Ce serait oublier que L'emprise est avant tout un bon roman. Un roman où se croisent un favori à l'élection présidentielle, les patrons d'Arlena (groupe nucléaire, fleuron de l'industrie française), un premier ministre au « visage mou comme une gélatine », une agent de la DCRI, un syndicaliste…

 

Tout se complique lorsque de la femme et le fils du syndicaliste sont retrouvés assassinés. Les forces obscures à l'œuvre vont ainsi peu à peu se dévoiler, tandis que Launay, qui caracole en tête des sondages, cherche à trouver un modus vivendi avec son principal adversaire au parti. 

 

Évidemment, tous ces personnages sont liés, c'est le principe de ce genre de roman. Reste à savoir comment, ça, c'est le boulot du romancier. Et Marc Dugain le réussit très bien. Sans toutefois révolutionner les ficelles du thriller politique, la méthode Dugain est bien rodée.

 

Du coup, L'emprise a des accents, forcément savoureux, d'un House of Cards à la française, où chacun rivalise de machiavélisme et de savants calculs politiques. Avec pour seul objectif : accroître son pouvoir. Les citoyens dans tout ça ? Des statistiques, des points dans les sondages, dans le meilleur des cas. 

 

Certes, Launay n'est pas aussi retors que Frank Underwood, mais il est entouré de femmes et d'hommes prêts à tous les coups bas. En effet, « les politiques sont là pour produire des lois qui rendent la société plus civilisée. Mais ils restent des reptiliens» 

 

Qu'on se rassure, « la France, quoi qu'on en dise, reste quand même une démocratie» C'est Corti, le chef des services secrets qui le dit. À partir de là, un vague espoir est permis. D'ici là, on peut lire L'emprise