L'enfant qui criait au loup : Mais que fait la police ?

Cécile Pellerin - 05.01.2015

Livre - Polar nordique - Norvège - détective privé


Lorsque les journées deviennent plus courtes et plus sombres, lorsque l'humeur s'altère, instable et maussade, il existe un remède tonique, capable de modifier cette ambiance morose et atténuer cette angoisse saisonnière, sans effets secondaires indésirables si ce n'est de vous rendre absolument dépendant par la suite.

 

Assurément, Varg Veum est un antidépresseur efficace, une véritable aubaine à saisir, un chouette plaisir, qui revient presque chaque année désormais et qu'il serait dommage, vraiment dommage de ne pas saisir.

 

Depuis bientôt quinze ans maintenant, il est le rendez-vous incontournable avec une lecture plaisir et sympathique, de celle qui lie avec force le lecteur à son héros ; les rend  tous les deux presque inséparables, d'ailleurs.

 

Dans cette série, le lecteur fidèle pénètre en ami, en vrai complice et accompagne Varg Veum, mène l'enquête à ses côtés. Effectivement, douze enquêtes, cela crée forcément des liens.  Mais rassurez-vous, l'auteur n'est pas retors, il accepte les lecteurs en cours de route et chaque roman peut se lire et s'apprécier indépendamment des autres mais il est fort probable, qu'à l'issue de celui-ci, l'envie de retrouver Varg Veum vous guette aussi.

 

On vous aura prévenus, c'est addictif !

 

L'intérêt supplémentaire de ce nouveau roman (notamment pour les débutants dans la série) est qu'il met en scène Varg Veum dans deux histoires plus anciennes et ramène le lecteur plus de 20 ans en arrière, à l'époque où notre héros était encore rattaché à la Protection de l'Enfance et non pas détective privé. Bref, très utile et très confortable pour se sentir  vite dans l'intimité du personnage même sans avoir lu les précédents romans.

 

Nous sommes en 1970. Pour des raisons professionnelles, Varg Veum, encore peu expérimenté, intervient dans un milieu sordide où une jeune femme toxicomane se voit contrainte d'abandonner son jeune enfant, Jan, aux services sociaux. Un garçon perturbé que Veum retrouve quelques années plus tard, en 1976, dans une famille d'accueil, dont la mort suspecte du  père adoptif laisse à penser qu'il aurait été poussé dans les escaliers.

 

Après ce drame, l'enfant est  conduit dans un foyer et régulièrement visité par Veum et sa collègue Cecilie avant de rejoindre une nouvelle famille dans le Sunnfjord, bien loin de Bergen. "D'une certaine façon, c'était presque notre petit garçon qu'on nous prenait, notre petite descendance turbulente."

Un an après, Varg Veum démarre son activité de détective privé. "La Protection de l'enfance m'abreuvait de frustrations et d'incidents qui me laissèrent supposer que je n'étais peut- être pas la personne idéale pour gérer toutes les tâches qui m'incombaient".

 

Et comme une malédiction, dix ans plus tard, Jan est à nouveau au cœur d'un drame atroce et cette fois il est le suspect n°1 dans le meurtre de ses parents adoptifs. Il appelle Veum à son secours…

Deux tragédies familiales liées par la présence de personnages récurrents autour de Jan et Veum, de l'avocat, maître jens Langeland aux mères naturelle puis adoptive,  Mette et Vibecke Skarnes, jusqu'à Hans Haavik, directeur du foyer accueillant Jan, et quelques autres personnages plus secondaires, tous suffisamment nombreux pour apporter à l'intrigue de la substance, de la complexité, du rythme et un vif intérêt.

 

Le récit file à toute allure, navigue dans le passé sans jamais égarer le lecteur, invite à suivre deux intrigues en même temps qui très vite s'étoffent d'histoires parallèle de contrebande d'alcool,  et de règlements de compte non élucidés et rendent l'ensemble  encore plus passionnant, habile et excitant.

Tout se tient,  convainc et attise la curiosité du lecteur,  qui n'a de cesse de tourner les pages pour apprendre la vérité, les vérités sans se douter (ou si peu) de la résolution finale.

 

L'intérêt pour le lecteur, c'est d'avoir (comme à chaque fois) le sentiment de partager l'aventure avec un pote, sorte de looser attachant, ici fraîchement divorcé, toujours force de dérision, capable de dépasser chaque fois la lassitude, les ennuis qui l'assaillent, par l'humour, l'alcool et les femmes.

 

Même avec des "cheveux qui pointaient vers le ciel comme un accès de terreur, une peau grisâtre", même si pour lui tous les chemins ne mènent pas à Rome mais au bar, au verre d'aquavit Linje puis au Bloody Mary et même au gin tonic ; peu de femmes lui résistent mais toujours, (on ne saurait en douter) dans l'intérêt de l'enquête et au détriment d'une police souvent ridicule.