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L’enfant qui : les jours adossés à l’absence

Cécile Pellerin - 18.08.2017

Livre - Littérature française - absence - douleur


Il y a dans la brièveté du dernier récit de Jeanne Benameur, une densité et une force expressives telles que le lecteur s’enracine dès les premiers mots, dès les premières images et n’échappe ni à la puissance organique des lieux ni aux sensations des corps en mouvement et des pensées qui habitent chacun des trois personnages face à la disparition d’une femme, alternativement, mère, compagne et bru.
 

Racontée à la deuxième personne par un narrateur extérieur dont la voix narrative, à la fois grave et mélancolique, bienveillante et précise, lyrique et émouvante, permet une lecture intimiste et prégnante, l’histoire accompagne trois personnages mus par la douleur de l’absence.
 

“Tu marches comme quelqu’un qui connaît une route et que rien n’arrête. Pourtant je sais que tu ignores où te mènent tes pas mais qu’ils te font tourner le dos à tout ce qui dans la maison est trop lourd et t’empêche de vivre.”
 

Il y a d’abord l’enfant, perdu, sans repères, affolé par la peur d’oublier le visage de sa mère, éprouvé par la douleur qui cogne, violente dans son corps mais lui rappelle qu’il est vivant. Près de lui, pour éviter qu’il ne chute ou ne s’égare, un chien, qu’il est seul à voir, le guide dans la forêt jusqu’à la crête. Il marche et grandit. Apprend l’équilibre.
 

La grand-mère, celle qui n’est jamais partie et ne cherche pas à fuir, celle qui veille sur le fils et l’enfant, entretient les gestes de la vie quotidienne pour que nul ne sombre, est elle-même rappelée à ses propres souvenirs d’enfance mais résistante aux épreuves, à la peur et au mal, elle marche et avance elle aussi.
 

Le père, lui, semble ne plus pouvoir entreprendre, anéanti par le vide, le manque. “Il n’a plus la force des recommencements.” Son existence a perdu tout rythme, excepté celui, habituel, de sa venue au Café. Là, il boit pour se fatiguer et son corps endormi l’éloigne de toute vie, trouble sa mémoire, sans vraiment le déposséder de sa souffrance. Mais la rivière semble vouloir l’appeler. Et il se met en route, également.
 



 

A travers une langue poétique, des images lumineuses, des mots dont émanent des odeurs, des bruits, même les plus furtifs, des sensations, l’auteure construit un texte d’une intensité pénétrante et d’une beauté singulière et mystérieuse.
 

[Extraits] L'enfant qui de Jeanne Benameur  


Cependant, l’omniprésence d’un imaginaire puissant exige un lecteur toujours en alerte et s’il échappe à une phrase, à un mouvement, il sent, à cet instant, comme un léger éloignement, comme s’il s’évadait de l’histoire, mal assuré pour pouvoir la suivre et s’y abandonner sans retenue. Un peu mis à l’écart. Furtivement.

Jeanne Benameur – L’enfant qui – Editions Actes Sud – 9782330078980 – 13,80 €


Pour approfondir

Editeur : Actes Sud
Genre :
Total pages : 128
Traducteur :
ISBN : 9782330078980

L'Enfant qui

de Jeanne Benameur

Dans l’absence laissée par la disparition inexpliquée de sa mère, un enfant, son père et sa grand‑mère partent chacun à la reconquête de leur place et de leur présence au monde.Dix-sept ans après le choc des Demeurées, Jeanne Benameur, fidèle aux âmes nues, pose avec L’Enfant qui, texte talisman, une nouvelle pierre sur le chemin le plus juste vers la liberté.

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