Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L' équation africaine, Yasmina Khadra

Clément Solym - 21.02.2012

Livre - L'équation africaine - Yamina Khadra - Julliard


Kurt Krausmann est médecin à Frankfurt. Marié depuis quelques années avec la belle Jessica, il vivent ensemble un amour assez fusionnel depuis ce hasard qui a fait se croiser leurs deux chemins.

 

Mais depuis quelques temps, Kurt ressent un profond malaise s'installer entre eux alors que Jessica perd sa joie de vivre avec lui en tous temps et en tous lieux. 

Quand il la découvre sans vie au fond de la baignoire, ayant avalé des tas de médicaments, le terre s'ouvre sous ses pieds, ses certitudes s'évanouissent et le monde s'arrête de tourner.

 

Heureusement, Hans Makkenroth, un riche industriel lui-même veuf depuis peu et avec lequel il est lié d'amitié depuis le temps béni de la rencontre de leurs épouses respectives, fait tout ce qui est en son possible pour le sortir de cette torpeur qui s'est emparée de lui et qui accapare tout son esprit. 

 

Hans a laissé la gestion de ses affaires à ses enfants et dépense sa vie et une partie de sa fortune dans des actions humanitaires aux quatre coins de la planète.

Inconditionnel de la mer, Hans parvient à convaincre Kurt de l'accompagner sur son voilier de douze mètres pour joindre les Comores et contribuer à la création d'un hôpital pour le compte d'une organisation caritative.

 

Au sortir de la Mer Rouge, entre Djibouti et la Somalie, Kurt est réveillé en pleine nuit par des éclats de voix sur le pont du voilier. L'abordage est violent, rapide et imparable. La vie chavire dans l'enfer d'une prise d'otages entre le mains de pirates imprévisibles et dangereux.

 

C'est d'un sujet qui a largement et souvent fait la Une de l'actualité que s'empare Yasmina Khadra : des groupuscules incontrôlables et insaisissables prennent en otages des occidentaux qui, la plupart du temps, n'avaient pour tout tord que la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. 

 

Pour ces gens, tout alors bascule dans l'indicible, dans l'incompréhensible, dans l'insupportable avec une frénésie de violence non maîtrisable et non maîtrisée par des hommes qui n'ont plus d'homme que l'apparence. Qui vivent avec la mort comme compagne car « ce n'est pas (la mort) qui empêche Dieu de dormir sur ses deux oreilles ». Qui n'ont plus de conscience ni d'état d'âme pour disposer de la vie d'autrui quand il s'agit de protéger leur arrières ou simplement ne pas s'encombrer de « poids » inutiles dans le jeu du chat et de la souris qui est leur quotidien : aujourd'hui chat, demain souris.

 

Même les motivations de ces hommes sont obscures quand elles ne sont pas exclusivement de pur banditisme : la peau blanche des occidentaux devient alors seulement un potentiel magot dont le soucis du partage final n'est pas la préoccupation majeure.

 

Malgré un sujet âpre, la plume est toujours aussi souple, agréable et fluide.

Un seul regret : que Yasmina Khadra ait voulu jouer sur la sensibilité exacerbée des occidentaux pour ne penser à faire qu'un unique plaidoyer à charge.

 

Aucune compassion à attendre pour ces peuples devant lesquels les choix sont simples : mourir ou tuer. Mourir dans des guerres tribales ou dans des camps de réfugiés ou de faim ou sous le joug d'un tyran (parfaitement substituable d'ailleurs). Ou bien essayer de tenir le « bon »côté du bâton. Quelle alternative merveilleuse !

 

Et surtout ne pas imaginer un instant une quelconque responsabilité de ces occidentaux qui ne sont qu'innocents touristes ou généreux bienfaiteurs (le comportement et la qualité des motivations que Yasmina Khadra prête à Kurt est, pour moi, abominable). En tous cas, certainement pas des exploiteurs ou des voyeurs comme leurs accusateurs les qualifient ! Du soutien occidental armé aux dictateurs locaux qui font bien pire que des prises d'otages avec leurs propres peuples, le livre ne se fait aucunement l'écho.

 

Certes, l'on ne va pas béer d'admiration devant ces monstres qui ne laissent derrière eux qu'une rivière de sang et de larmes, qui n'ont aucun état d'âme et sont capables de voler des miséreux, qui ont franchi les limites de l'humain.

 

Certes non ! Mais, à notre sentiment, Yasmina Khadra n'aurait pas dû aller plus loin que la deux cent vingt cinquième page. Il n'a pas bien formulé son Equation Africaine et il paraît certain que ce n'est pas en la posant ainsi que l'évidence d'une solution apparaîtra.


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