L'été des lucioles : Victor ou les enfants au pouvoir

Cécile Pellerin - 30.01.2014

Livre - Côte d'Azur - enfance - famille


Après « Au pays des Kangourous », roman sensible et original, très convaincant sur la dépression d'un père, relatée par son jeune fils, Gilles Paris renouvelle ce parti pris de raconter une histoire à travers le regard et la parole d'un enfant.

 

Ici, plus de Simon, mais un jeune garçon de neuf ans, Victor, déluré, tendre et drôle,  en vacances à la résidence du Grand-Hôtel du Cap-Martin avec sa sœur aînée, Alicia et ses deux mamans, Claire et Pilar.

Une ambiance plus lumineuse, moins grave que le roman précédent, aux légères allures de conte fantastique, certes toujours  attachante et poétique mais dénuée en partie, cette fois, de cette tonalité si spéciale et insolite mais tellement adaptée, qui fit du précédent roman, un enchantement de lecture.

 

Sans doute, l'enfant qui sommeille en moi ne s'est-il pas éveillé cette fois... Et pourtant, les personnages de Gilles Paris retiennent, par leur sympathie, leur proximité, leur présence. Que ce soit la mère, libraire passionnée, toujours un livre sous le nez ou sa nouvelle amie, Pilar, peintre argentine qui tente de conjurer son passé douloureux, « sa blessure sans sparadrap » à travers ses toiles sans humains, ou encore Alicia, l'ado précoce de 14 ans, instable et sexy ou même le père , photographe absent, François, qui lui, a oublié de grandir, dépense sans compter mais manque cruellement à chacun.

 

Cette petite famille plutôt joyeuse et cool, un peu fragile, séduit, fait sourire, capte notre attention et notre bienveillance, sans effort.

 

Aussi lorsque Victor prend les rênes du récit, du haut de ses neuf ans, le lecteur plonge dans une insouciance agréable, une naïveté charmante, et se laisse facilement entraîner dans les aventure qu'il mène autour des villas luxueuses de la côte, en compagnie de nouveaux amis, Gaspard, Justine et deux jumeaux érudits, un peu anachroniques.

 

On s'émeut même parfois des histoires de princesses et autres célébrités des lieux, d'ailleurs décrits avec une nostalgie envoûtante et un sens du détail que  Point de Vue, VSD ou Paris Match ne renieraient pas.

 

Puis l'histoire s'imprègne de touches fantastiques, frôlant ça et là avec le conte pour enfants et l'enthousiasme s'estompe peu à peu. En effet, à mesure que l'histoire défile, que Victor se révèle et agit, il devient moins convaincant, presque en décalage avec le rythme initial. La voix de l'enfant prend des tonalités moins naturelles ou spontanées.

 

L'adhésion n'opère plus. Le registre littérature pour adultes dans lequel le roman semblait vouloir s'inscrire,  devient perméable et le lecteur finit par ne plus trouver sa place ni son choix initial de lecture. Comme indisposé, bancal, insatisfait.

 

La justesse et la finesse du ton se sont déroutées. Même si, à la lecture de certaines pages, des expressions plaisantes, empreintes de poésie, un secret de famille assez intrigant, une description de l'été caniculaire et d'une ambiance toute estivale conduisent le lecteur au cœur d'une rêverie et d'une détente bienfaisantes, un désappointement persiste et l'emporte au final.