L'étoile rouge et le poète, Alicia Dujovne Ortiz

Clément Solym - 27.10.2009

Livre - etoile - rouge - poete


Qui dit agent secret, dit James Bond, donc Ian Fleming, et son incontournable série de romans d’espionnage. Immortalisée au ciné avec une panoplie de gadgets, des cheveux gominés et un nombre conséquent de conquêtes, James Bond incarne l’espion par excellence. Si bien d’ailleurs, que la profession en prend un coup.

Il fallait bien la réhabiliter : Alicia Dujovne Ortiz s’en est chargée. Avec l’Étoile Rouge et le poète, on est loin des paillettes : le pendant féminin de James Bond nous fait prendre toute la mesure de l’impact du KGB dans le contexte géopolitique complexe d’après-guerre.

Ni vu ni connu. Africa de la Heras applique la devise à la lettre. Tantôt Maria Luisa, tantôt Carmen ou encore Zoriana... L’Espagnole est bien rôdée. Autant de personnalités avec lesquelles, elle sait jongler. Impliquée très jeune politiquement, chef des miliciens dans la guerre d’Espagne, experte en communication, codage, et cryptage, spécialiste de l’information et douée pour le maniement des armes, la jeune femme appartient au corps d’élite des meilleurs espions du KGB.

Pour autant, Africa va devoir user de toutes ses compétences dans la nouvelle mission qui lui a été confiée par Olé, son supérieur. Elle doit se rendre à Paris et séduire un jeune poète uruguayen prénommé Felisberto. Plus difficile encore : elle doit réussir à s’en faire épouser pour rentrer à Montevideo afin de mettre en place un réseau d’espions. L’enjeu est important. Africa entièrement dévouée à la Cause ira jusqu’au bout.

C’est peut-être ce qui se dessine en filigrane dans ce portrait, et ce qui importe le plus dans cette profession : la capacité à se sacrifier. Africa de la Heras est un personnage énigmatique, générateur d’une fantasmagorie effervescente. Insaisissable, elle se perdra ne sachant plus vraiment ce qui la définit. Engagés dans une histoire d’amour factice, Africa et Filsberto ne tomberont pas pour autant les masques. Grossière comédie ayant pour toile de fond, l’Amérique latine chère à l’auteur.

À l’intrigue principale sont greffés de nombreux pans de l’Histoire. On y croise des personnages phares comme Trotski, des événements clefs comme les grandes purges, et puis, une multitude d’informations sur les techniques, et fonctionnement du NSKV plus connu sous le nom de KGB. D’ailleurs, trop d’informations tue l’information. Le récit s’opacifie, la profusion des noms et des dates sature un peu l’ensemble. D’autant qu’au récit initial s’ajoute une réplétion de destins tous unis au fil de l'Histoire. Dommage, le texte aurait gagné à être élagué.

L’Étoile Rouge et le poète est un roman d’espionnage polyphonique, affilié au genre carnavalesque, truffé de références historiques et d’accents poétiques. Africa de la Heras, agent hors norme, aurait mérité d’être un peu mieux traitée. Étouffé par une pléthore de personnages et une effervescence verbale, le texte trop généreux manque d’un peu de cran pour convaincre totalement.


 

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