L'héritage vénitien, David Hewson

Clément Solym - 05.02.2009

Livre - heritage - venitien - David


En ce dimanche de juillet deux mille un, Rizzo, chaussé de lunettes noires imitation Ray Ban, vient d’arriver sur l’île de San Michele, à quelques encablures des dédales de canaux de Venise. Il est là en mission commandée par Hugo Massister, un anglais qui en tient pas particulièrement à faire lui-même cette démarche : observer le cadavre contenu dans le cercueil temporairement inhumé dans le cimetière de San Michele et devant, après dix années de séjour sur l’île, être emporté vers une autre sépulture.

Mais Rizzo ne s’arrêtera pas à cette seule observation. Devant les yeux horrifiés du gardien à qui il a demandé d’ouvrir le cercueil, il s’empare de l’étui à violon qui a été enfermé avec la belle et jeune violoniste à laquelle il appartenait. Est-ce que cela faisait vraiment partie de sa mission que de ramener un objet (dont personne n’était au courant qu’il fut là) à son commanditaire ? Sa nature reprenant le dessus, Rizzo décide de voler l’objet pour son propre compte…

Mars mille sept cent trente-trois. Dans cette même belle ville de Venise, Lorenzo Scacchi travaille dans l’imprimerie de son oncle Léo qui l’a pris en charge comme apprenti lorsque, quelques semaines auparavant, il a dû quitter Trévise après le décès de ses parents. En ce jour de l’Ascension, il observe avec émerveillement toute la société vénitienne qui se pavane sur le parvis de San Giorgio Maggiore. Au milieu de cette cohue, un aristocrate dont les ducats ouvrent bien des portes : flanqué d’un horrible bossu attaché à ses services, Olivier Delapole est un mécène, grand amateur des arts et protecteur des artistes, compositeurs, interprètes…

Dans cette ville catholique intransigeante, Léo demande à Lorenzo de se faire le chaperon d’une violoniste qui devrait permettre à Vivaldi, le prêtre roux, de compléter son orchestre. Et s’il n’accomplit pas cette mission lui-même, c’est parce que la dame est juive et que, si son entrée dans une église pour y exercer son art venait aux oreilles du Doge, il n’y aurait pas beaucoup de compassion à attendre ni pour elle ni pour tous ceux qui auraient pu être impliqués dans l’affaire. Pris dans un chantage d’où son dénuement récent ne peut le sortir, Lorenzo s’exécute !

Retour en deux mille un. Pendant que le capitaine Giulia Morelli se replonge dans le meurtre, ancien de dix années, de celle dont le cercueil vient d’être profané, Daniel Forster, tout juste sorti de son vingtième anniversaire, du récent décès de sa mère et de l’avion qui vient de l’amener tout droit d’Angleterre où il poursuit des études, est accueilli, à l’aéroport de Venise, par un émissaire du Signor Scacchi. Ce dernier l’a invité chez lui pendant l’été afin de bénéficier de ses compétences et de dresser l’inventaire de la bibliothèque de son antique maison familiale. Laura, la bonne de la maison, n’en croit pas un mot.

Voilà ! Grosso modo tous les personnages sont en place ! Oh, bien sûr, il y a aussi quelques seconds rôles qui émaillent le roman de David HEWSON mais toute la trame de l’histoire se déroulera autour d’eux. Pour dire vrai, c’est plutôt « des » histoires qu’il conviendrait de parler. Des histoires qui vont s’enrouler les unes aux autres et toutes autour de la musique. Celle de Vivaldi et celle de l’époque de Vivaldi.

D’intrigue en intrigue, de rebondissement en rebondissement, un « Concerto Anonyme » va devenir, par delà les siècles, le ferment d’histoires d’amour dont le parallélisme n’aura d’égal que les drames subis ou provoqués par les divers protagonistes. A quatre siècles de distance, il semble effectivement que l’histoire ne puisse que se répéter. La corruption de la police n’a pas diminué. Le concerto éblouissant a toujours le même succès. Le « Diable » hante toujours des canaux dont certains bras exhalent toujours les mêmes odeurs putrides. L’argent, l’avidité sont toujours les ressorts des pires élans. Le bonheur doit se cacher pour ne pas exciter les convoitises. Venise est éternelle.

Car autour de cette double intrigue par-dessus le temps et la musique se dessine une ville dont le particularisme ajoute à l’intrigue. Les canaux, certes, mais aussi son histoire, son organisation politique et territoriale ainsi que toutes les traces d’un passé culturel qui, au fil des siècles, sont le témoignage d’une richesse immense, d’un bouillon de cultures et d’une aura qui s’est étendue tout autour de la Méditerranée. Roman d’une ville autant que d’amour, de musique ou policier, ce « pavé » (600 pages quand même) est un intermède agréable, captivant et bien enlevé !


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