L'homme inquiet, de Henning Mankell

Clément Solym - 05.11.2010

Livre - aristocrate - grade - guerre


Neuf enquêtes auront eu raison de Kurt Wallander, commissaire de la police d’Ystad en Suède. 9 enquêtes au sein desquelles il nous sera devenu familier et bien réel, parfois un peu brusque et maussade, mais finalement sympathique et attachant jusqu’à nous rendre accros. Neuf  enquêtes qu’il aura toutes menées à terme, avec audace, clairvoyance et indépendance. Neuf enquêtes dont on aurait souhaité qu’elles mènent à la dixième.

Ce livre est alors forcément triste et sombre puisque c’est le dernier. Dès les premières pages, l’ambiance est posée : mélancolique et amère et ne se démentira pas d’une ligne. Mankell nous aura prévenus !

Wallander est un commissaire épuisé. À 60 ans, il se sent fatigué et malade. Il affronte avec difficulté une vieillesse précoce, jongle douloureusement avec un cholestérol et un diabète pernicieux et vit solitaire dans une maison à la campagne, avec pour unique compagnon, son chien Jussi. Il semble être arrivé au bout de sa vie et seule la naissance de Klara, sa petite fille peut le mener plus loin dans l’existence.

Une sombre histoire d’espionnage se dessine en filigrane et prend toute son ampleur lorsqu’elle trouve écho avec l’histoire familiale de Wallander. La disparition mystérieuse des beaux-parents de sa fille Linda et une affaire de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises semblent vouloir ramener l’histoire en arrière, en pleine guerre froide.

C’est aussi l’occasion pour Wallander de faire le bilan de sa vie et de se rappeler tour à tour ses précédentes enquêtes et ses anciennes amours. C’est là qu’il est le plus touchant et ce retour sur soi révèle un être fragile, brisé et profondément émouvant. Le commissaire nous interpelle et le suspense se porte alors sur le héros, plus que sur l’intrigue elle-même. Et toute l’habileté de Mankell est d’avoir su lier ces destinées entre elles.


Si Wallander n’a pas de réelle conscience politique : « Il n’avait jamais été impliqué dans un mouvement politique, n’avait jamais participé à une manifestation… » Mankell, lui, est un homme engagé et soulève dans son roman les incohérences de son pays, partagé entre sa neutralité et son admiration pour les États-Unis, dépeint son malaise aussi devant une haine raciale grandissante et sa culpabilité face à l’assassinat d’Olof Palme, jamais élucidé ; tout cela comme une nécessité. Au-delà même de l’histoire.

Puis l’enquête se trouble, se complique et rebondit et s’achève.
Le désespoir de Wallander nous étreint et cela fait mal. Sa souffrance est immense et nous éprouve.

Un roman confession, un roman testament. Forcément la mort n’est pas loin. On s’était préparé et pourtant on sort de la lecture à la fois ébranlé et fasciné. Avec de vrais regrets, du chagrin aussi.


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