L'horreur de l'enfance bercée par le totalitarisme

Clément Solym - 01.08.2012

Livre - Max - Sarah Cohen-Scali - Gallimard-Scripto


Ce livre est assez effrayant, dérange et repousse par moments mais retient la plupart du temps et mène le lecteur, sans ménagement, jusqu'aux confins de l'horreur. Une histoire qui interpelle, secoue, interroge et ne laisse pas indifférent, qu'on soit ado ou parent.


L'évocation, souvent méconnue, du programme « Lebensborn », initié par Himmler en 1936 et géré par les SS résume à elle seule l'essence même de l'idéologie nazie, montre à quel point la folie d'un homme peut emporter tout un peuple, manipuler les plus fragiles et conduire à l'horreur absolue. Ce livre est un choc ! Par son style percutant, vif, il exprime la brutalité de l'époque.  Sans concessions.


Les faits sont parfois crûs, dans la bouche d'un enfant notamment mais montrent avec brio comment la guerre, justement peut bouleverser et annihiler ce temps de l'innocence, ce temps de la construction, de l'apprentissage de soi, réduit à néant, ici cruellement. Une maturité précoce (« en temps de guerre, pour les enfants, les années comptent double ») comme nécessaire de survie mais, au final, un traumatisme dont nul enfant ne  peut sortir indemne. 


Max est un enfant conçu dans un « Lebensborn », c'est-à-dire que sa mère a été sélectionnée par les Nazis pour mettre au monde un pur représentant de la race « supérieure », la race aryenne. Une fois ce devoir accompli, la mère est contrainte d'abandonner l'enfant qui sera élevé sans amour ni tendresse, juste entouré et imprégné en profondeur des fondamentaux de la doctrine nazie. « Nous ferons croître une jeunesse devant laquelle le monde tremblera. Une jeunesse impérieuse, intrépide, cruelle […] Elle saura supporter la douleur. Je ne veux en elle rien de faible ni de tendre […] Je ne veux aucune éducation intellectuelle. Le savoir ne fait que corrompre mes jeunesses. » (discours d'Hitler)


Dans ce livre, Max (bientôt Konrad) est le narrateur et s'exprime à la 1ère personne, raconte, du haut de son jeune âge, son existence formatée, les violences et souffrances mentales dont il est l'objet sans en avoir conscience. Elevé comme un monstre, fasciné par Hitler et convaincu que les Juifs sont des sous-hommes, il n'en reste pas moins émouvant et attachant aux yeux du lecteur, persuadé sans doute qu'une rédemption est possible, que ses pensées et ses actes  sont irresponsables.


Une rencontre et une amitié va pourtant se construire avec un autre enfant, Polonais et Juif et, peu à peu, à mesure que le pouvoir d'Hitler s'effrite également, Max va ouvrir les yeux, comprendre que le nazisme oppresse plus qu'il ne libère, massacre et ne sauve. 


La force de ce livre, peut être, réside davantage encore dans la dernière partie du livre, au moment où l'Allemagne vaincue redoute l'arrivée des Russes et vit dans la pauvreté la plus extrême. Les scènes qui se passent à Berlin en ruines, sans doute étayées par une recherche documentaire précise, glacent par leur réalisme violent.


Ce peuple qui souffre, manque de nourriture, terré dans les caves, redoute la brutalité des « Ivan » ébranle le lecteur et la condition des femmes (« le viol est préférable à la mort »), effroyable, dont les récits historiques (du moins, du côté des vainqueurs), finalement, parlent peu, dérange notre conscience, suscite un réel malaise et convainc que la guerre, du côté des perdants, est aussi douloureuse et ignoble, que les ennemis ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Que l'inhumanité n'a pas de frontières. 

 

Bref, un livre qui suscite de l'émotion et beaucoup de réflexions que l'on soit jeune ou non. A lire et à transmettre, à recommander pour éveiller les consciences et ne pas oublier.