L'humanité est à elle-même son pire ennemi

Clémence Holstein - 22.05.2018

Livre - Horloge apocalypse Murail - roman apprentissage solitude - société combat adolescence


La découverte d'un inconnu apocalyptique attend la jeune Norma. Confrontée à la noirceur de son espèce, elle s'arme de volonté et courage pour lutter et ne pas se soumettre à la loi du plus fort. L'horloge de l'Apocalypse, dernier ouvrage de Lorris Murail, est un appel aux citoyens du monde que nous sommes tous.
 

 


 

C'est sur les épaules de Norma que tient L'Horloge de l'Apocalypse. La jeune fille de dix-neuf ans se retrouve en charge de Liz, enfant de huit ans déjà rompue aux folies des adultes. Norma doit affronter les obstacles qui se dressent sur sa route. Elle n'a pas eu, jusque là, la vie facile mais c'est une multiplicité d'épreuves concomitantes qu'elle doit traverser, celles de son âge, et d'autres qui auraient pu lui être épargnées par ses aînés. Mais...

Face à cette adversité, Norma garde courage, ne baisse jamais les bras, saisit ses chances et se bat, même si le sentiment d'injustice ne peut l'épargner. L'on s'attache à cette jeune femme dont on admire la ténacité et avec laquelle on compatit.

 

En cavale malgré elle, Norma, dix-neuf ans, abandonne tout pour se cacher dans une tiny house au fin fond du désert d’Arizona. À sa charge, Liz, sa nièce de huit ans qu’elle doit protéger. Pour survivre, elle trouve un boulot de serveuse dans le diner du coin. Alors que Norma peine à s’acclimater à sa nouvelle vie et aux habitants agressifs de la région, elle découvre un mystérieux
canal radio. Elle se met alors à écouter en boucle un certain OT, jeune animateur qui mêle blues, anti-trumpisme et prêches apocalyptiques sur le dérèglement climatique et la fin du monde…


 

Norma traverse une véritable aventure au pays des horreurs. Elle tombe dans un univers qui semble être l'envers du monde, le cœur noir de la planète. Lorris Murail plante un décor fantasmagorique. C'est bien de la réalité existante qu'il part mais pour dépeindre au final l'enfer sur terre. L'héroïne se croit arrivée chez les dingues, à seulement quelques heures de route de chez elle. Les valeurs qui lui ont été inculquées depuis toujours sont proprement renversées, cul par-dessus tête : le Mal est Bien et vice-versa. L'on y perd son latin.

Mais l'auteur ne tombe pas dans l'écueil d'une fable déconnectée du monde réel. Cela aurait sans doute affaiblit l'intérêt de sa narration, au vu du style dans lequel s'inscrit le roman. Le fantastique dans sa plus pure expression est à l’œuvre ici : entre rêve et réalité, inquiétant et questionnant.
 

Mais le cauchemar n'est pas seulement démoniaque. Nous ne sommes pas ici dans un film d'épouvante. L'espoir, la lutte, la rébellion vivent aussi et Norma les personnifie avec force et tendresse.

 

Les personnages secondaires participent pour beaucoup de l'atmosphère inquiétante qui enveloppe Norma. Ils sont pour la plupart dans une ambivalence qui brouille les pistes. Leurs actes ne les révèlent pas mais au contraire les encryptent toujours plus dans leur complexité. Ils suscitent méfiance et attirance, reconnaissance et suspicion. L'apprentissage de la vie. Ils finiront par s'éclairer, mais non sans peine pour Norma qui devra démêler seule l'écheveau de leur ambiguïté.
 

C'est d'ailleurs cette solitude qui habite tout le roman. Celle de Norma, celle de l'adolescent qui grandit, celle de l'individu moderne. La solitude et l'individualisme, le caractère grégaire et peu enviable des associations. Les alliances sont dangereuses et Norma doit s'exercer à déchiffrer le monde qui l'entoure et ses congénères. Jusqu'à trouver l'union et la famille qui lui correspondent.
 

Très clairement, l'auteur offre un tableau du monde qui pourrait advenir, dans une sorte de dystopie trumpienne. Il s'engage pour se révolter contre les lois des USA dirigés par Donald Trump aujourd'hui. Il prévient sur les risques de la consommation aveugle. Il alarme sur l'environnement et les négligences de l'homme qui se regarde le nombril. Et l'on sent sa propre inquiétude de citoyen du monde qui s'exprime ici et qui invite le lecteur adolescent (ou pas !) à se poser les questions qui le concernent immanquablement. L'humour pointe aussi son nez et agit comme l'arme fatale qu'il est pour éveiller les consciences.

 

L'horloge de l'Apocalypse est un roman jeunesse et il a bien été écrit pour faire grandir. L'on est transporté sans frein dans l'univers étrange de Norma et par là même forcé de s'interroger avec elle sur ce qui lui brûle les yeux sans pitié.
 

Le parti pris est clair. Et certains peuvent le déplorer. D'autres s'en réjouir. C'est la responsabilité du lecteur que de se faire sa propre opinion, et celle du jeune lecteur d'apprendre à penser par lui-même en découvrant toutes les histoires possibles de son monde.

 

Parents, adultes de tout poil, vous serez mis à contribution par les bambins, ou ceux que vous croyez encore tels, qui vous entourent. Peut-être que vous-mêmes en viendrez à lire ce roman à force de...

Il est en tout cas certain qu'il ne laissera personne indifférent. N'est-ce pas ce que l'on attend d'un livre ?

 

 

Lorris Murail - L'horloge de l'Apocalypse – Editions Pocket Jeunesse – 9782266273619 - 15€


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