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L'inaperçu, Sylvie Germain

Clément Solym - 05.12.2008

Livre - inapercu - Sylvie - Germain


Avez-vous remarqué ? Le froid est là qui s’insinue partout. L’hiver est en avance qui engourdit les esprits et les corps. Une seule solution. Éloignez parents, enfants, frères, sœurs et compagnons. Missionnez-les pour accompagner les petits lécher les vitrines des grands magasins et se faire prendre en photo avec les gros pères Noël pitoyables des grandes surfaces pour vous retrouver vous-même au fond du lit à lire, oui, justement, une histoire de père Noël.

C’est avec bonheur que l’on plonge dans ce dernier roman de Sylvie Germain L’inaperçu que l’on dévore en quelques heures, car il est rare de trouver un antidote efficace à la morosité ambiante.

C’est une histoire comme on en rêve. Sabine, jeune veuve, mère de quatre enfants, passe les fêtes avec sa belle famille. Le père s’est tué l’année précédente, fou de colère, il est allé percuter un platane.

« Quand la mort fait intrusion si subitement dans l’ordinaire du temps, elle provoque un séisme, le temps à la fois se fige et se désheure, le quotidien se trouve frappé d’inanité, la réalité semble s’évider de toute substance, de toute vraisemblance, par excès même de factualité ».

Voilà pour le style. Vous en avez pour 293 pages de plaisir qui atteint son acmé autour de la page 250 quand ce foutu père Noël rencontré par Sabine dans les premières pages raconte l’histoire extraordinaire de sa propre famille.

La recette donc pour écrire un roman passionnant semble simple : des personnages qui collectionnent des vies extraordinaires (ça rappelle sur un mode mineur la multitude d’histoires de vie de la Vie mode d’emploi), des fils narratifs qui se croisent, se défont, et se retrouvent rappelant que le hasard nous mène tous par le bout du nez (quelle jouissance pour le romancier de tisser ce grand canevas) et saupoudrer le tout d’événements poétiques et rares comme on en rêve dans nos propres vies, mais qui n’arrivent qu’au cinéma (d’ailleurs, je suggère aux réalisateurs une adaptation de ce roman, car il ne reste plus qu’à crier « Silence » : tout est déjà prêt pour le tournage).

Voilà, c’est si simple que personne n’arrive à le faire, ou bien rarement, et on se félicite d’avoir en France des auteurs qui savent ouvrir en grand nos paupières et nous révéler un monde poétique et facétieux, comme un polaroïd trouvé sur un trottoir enneigé qui laisserait découvrir cinq drôles de frimousses et un geste énigmatique d’une petite fille et d’un père Noël se donnant la main les yeux pleins d’un secret murmuré qu’il faudra bien finir par découvrir.


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