L' incendiaire de Jon Hallur Stefansson

Clément Solym - 03.02.2011

Livre - islande - incendies - criminels


Dans la petite ville islandaise de Seyiðsfjördur, l’hiver neigeux et glacé a contraint la population à vivre en autarcie. Toutes les liaisons avec la capitale Reykjavik sont momentanément coupées et les habitants vivent resserrés sur eux-mêmes, comme prisonniers d’un étau et liés inévitablement les uns aux autres. C’est au sein de ce microcosme, décrit avec précision et finesse, que le drame va se dérouler et faire de chacun des personnages, un coupable potentiel.

L'incendiaire, neuf ou d'occasion
La ville est sous le joug d’un incendiaire et le brigadier-chef Smari est bien incapable de mener l’enquête objectivement tant les liens qui l’unissent à la population sont étroits et familiers. Aussi, Valdimar Eggertson (déjà présent dans le précédent roman paru en France, « Brouillages »), inspecteur de la police criminelle de Reykjavik, vient lui prêter main-forte juste avant que la ville ne se retrouve coupée du monde. Observateur extérieur, il rencontre les habitants et tente de démêler plusieurs intrigues familiales complexes et sournoises.

Ici tout le monde connaît tout le monde et les maisons incendiées sont toujours celles d’un voisin ou d’un parent et lient forcément tous les personnages entre eux. Père ou mère, oncle ou tante, frère ou sœur, mari ou amant, ami intime… tous sont inextricablement enchaînés, imbriqués et font bloc face à la solitude de l’inspecteur, coincé dans une chambre d’hôtel, prisonnier de la neige, alors que son amie, atteinte d’un cancer, est hospitalisée à Reykjavik. Isolement propice à une introspection touchante qui finalement nous attache à l’homme et nous lie alors à ses côtés.

Il est bien difficile pour l’inspecteur (et nous lecteurs), de pénétrer dans cet univers intime, extrêmement clos. Les silences accablants des uns, les rancœurs jamais assouvies des autres, compliquent sérieusement l’enquête et amplifient la tension. Ajouter à cela la virtuosité de l’auteur pour dépeindre avec justesse et une réalité glaçante, le malaise de la société islandaise.

Sur les 4 jours que dure l’enquête, un est précisément consacré à la présentation des habitants en relation directe ou indirecte avec le drame. L’auteur nous révèle alors, avec une certaine âpreté, une société fragilisée, désenchantée où la jeunesse a perdu toute illusion, tous repères dans un cadre familial depuis longtemps explosé et souffre intensément.

Les incendies deviennent alors le prétexte pour mettre en évidence des êtres humains perdus, parfois à la limite de la folie, des êtres humains désespérés, fragiles, ou encore vils, lâches et profondément égoïstes. L’âme humaine est noire et cruelle, sinistre et décadente.

Dans ce village, la joie n’est plus, même Dieu semble l’avoir abandonné. Tout est sombre et sans espoir de rédemption apparent. Un constat terrible dénoncé à travers une écriture limpide, précise et lumineuse, comme un contraste avec l’intrigue elle-même, si noire. Où l’inspecteur et le lecteur restent à l’écart, abasourdis mais saufs ; en dehors, comme pour se préserver encore un peu d’une société en pleine déroute.