L'indien blanc, de Craig Johnson

Clément Solym - 23.06.2011

Livre - indien - blanc - craig


De vastes plaines, un horizon sans fin, une brise légère, quelques villes alentours. Peu de tapage ou d’agitation particulière. Ici le temps s’étire, rythmé par des habitudes élémentaires mais essentielles qui font de la routine un mode de vie simple mais authentique.

A ce paysage, ajoutez un cheval, une étoile, un chapeau et des santiags et vous verrez apparaître la stature imposante et un peu rude du shérif du comté d’Absaroka, Walt Longmire. Nous sommes dans le Wyoming, en plein far-west.

 
Cette fois-ci notre héros accepte de quitter ses hautes plaines pour accompagner son ami l’indien Henry Standing Bear jusqu’à Philadelphie. Ce dernier est invité à une conférence à propos de sa collection de photographies mennonites ; une occasion pour Longmire de retrouver sa fille Cady, avocate. 3000 kilomètres plus loin et la plénitude en moins, Longmire, taciturne mais attachant, se mêle dans le bruit et l’agitation de la ville, observe la démesure des buildings et se frotte à la conduite des hommes des milieux d’affaires, insidieuse, vile et brutale. Il bascule rapidement mais avec agilité et un naturel déconcertant dans un autre rythme, plus effréné et beaucoup moins sage.

Sa fille est victime d’un terrible accident et reste plongée dans un coma profond plusieurs jours. Juste le temps nécessaire à Longmire pour s’atteler sans hésiter à un travail d’enquête et l’achever victorieusement (c’est quand même un « vrai héros » !) avec son talent habituel et un zeste d’humour à propos.

Epaulé par toute une famille de policiers très protectrice, Longmire excelle dans ses déductions, surprend par ses méthodes de shérif aguerri souvent en décalage avec le milieu urbain décrit ici mais néanmoins efficaces. Avec Longmire, cette enquête très personnelle devient aussi celle du lecteur. La proximité des personnages, leur honnêteté et leur sincérité ( notamment la famille de flics, l’indien blanc qui le protège, son ami Henry, le chien, son associée Vic qui le rejoint et sa fille, si fragile) séduisent plus que l’intrigue en soi, complexe sur la fin, trop détaillée et pas vraiment haletante.

Mais chez ces êtres coulent un vrai amour, une amitié profonde, des liens fraternels puissants qui inondent le roman et lui donnent une lumière si particulière et intense, réellement convaincante. Les sentiments de loyauté, de bravoure imprègnent Longmire et son entourage et forcent le respect. Il est un vrai héros, noble et juste.

Enfin, par son calme, il parvient à contenir toute l’effervescence de la ville, réussit à maîtriser un milieu urbain pourtant étranger et hostile et nous soulage. Comme un agréable apaisement après le tumulte.
A travers son regard, l’auteur pointe l’absurdité d’une société où la réussite est devenue principalement individuelle, arrogante, malhonnête voire stupide, où la justice est corrompue, bien éloignée des sentiments de solidarité et de fraternité du comté d’Ab saroka. Là-bas, dans les hautes plaines du Wyoming, l’air est sain, on respire à plein poumons, sans contrainte ni artifice.

Humanité et grâce prennent vie au ranch, qu’on se le dise !

Traducteur : Sophie Aslanides

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