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L'irrespirable Évasion de Benjamin Whitmer

Laure Besnier - 06.09.2018

Livre - Benjamin Whitmer - Evasion Gallmeister - Gallmeister RL 2018


Avec Évasion, Benjamin Whitmer signe une intrigue violente et efficace avec une galerie de personnages taillée à la pointe du couteau. La langue, crue et cruelle, traduite par Jacques Mailhos, libère la noirceur de l’Amérique « du milieu », dans les années 70. En substance, l’écrivain américain publie chez Gallmeister, pour la rentrée, un roman noir étouffant. 

 


« L’âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c’est une tueuse. » Si cette sévère affirmation de l’écrivain britannique D.H. Lawrence convient à Benjamin Whitmer, c’est qu’elle épouse parfaitement l’esprit et le style de son dernier roman Évasion. Et quel sujet captivant pour l’auteur accoutumé à représenter l’Amérique « du milieu » et ses faits divers : l’évasion de douze détenus d’une prison au cœur d’une petite ville du Colorado appelée Old Lonesome (le nom de celle-ci est, par ailleurs, le titre original du roman), campée au pied des montages Rocheuses. Elle a lieu un soir de réveillon, en 1968, alors que la neige empêche les forçats de s’éloigner de la petite ville. 

Old Lonesome dégénère en terrain de chasse grandeur nature où chaque détenu comme chaque poursuivant trace dans son sillon une onde de rage et de violence irrépressibles. Malgré une intrigue assez simple (on suit les trajets de chacun des personnages au fur et à mesure, comme un gigantesque jeu de l’oie), Benjamin Whitmer maintient le suspens tout entier. Et cela, grâce la peinture psychique précise et virtuose de ses personnages. 

La langue, restituée par Jacques Mailhos, est enragée, cruelle et imagée. Terrible, elle taillade, tel un couteau aiguisé, les contours des histoires, des espoirs ou des abandons de chacun des protagonistes. 
 

« Mopar a envie de se déchaîner sur lui avec son fusil scié artisanal. Traite-moi comme un putain de con et je te repeins les murs en rouge. Un rouge encore plus rouge. Et ce bruit dans sa tête, encore, ce vrombissement. Comme une pulsation de sang dans les murs de la pièce. Respire. » 


L’atmosphère instaurée par Benjamin Whitmer prend à la gorge tandis que l’on rencontre le directeur de la prison, les gardiens, un traqueur, des journalistes, des habitants de la ville ou encore la cousine de l’un des détenus, Mopar Horn, pressée de le retrouver avant les autres. S’il n’y a pas de héros — que des anti-héros — l’histoire de ce forçat est l’un des fils rouges d’Évasion. Un homme qui aurait pu s’en sortir, mais qui, rattrapé par la gangrène qui ronge Old Lonesome, subit consciemment son destin. 

Les personnages créés par Benjamin Whitmer sont des bijoux de contradiction, entre inhumanité la plus totale et compassion. Plus fous ou plus cruels les uns que les autres, leurs rôles pourraient s’intervertir. Les gardiens pourraient devenir des prisonniers, les journalistes des matons et inversement. La ville d’Old Lonesome fait office de véritable huit-clos pour ceux qui l’occupent. Prisonniers ou non, personne ne se risque à la quitter, car celle-ci les rattrapera toujours. 
 

[Extrait] Évasion de Benjamin Whitmer


Ces villes de l’Amérique « du milieu », Benjamin Whitmer les connaît bien. Il a grandi dans le Sud de l’Ohio et habite actuellement dans le Colorado. À travers ses personnages, l’auteur dépeint la couleur des sentiments ; la haine, la déception, l’envie de tuer, la tristesse, ne plus rien avoir à perdre… Mais aussi une micro-société toute entière, celle de l’État du Colorado en 1968. 

Et c’est l’autre grande force d’Évasion : raconter l’histoire de laissés-pour-compte, dans un contexte bien particulier. Aussi, Benjamin Whitmer implante le décor du traumatisme de la guerre du Vietnam autour de milieux sociaux pauvres, baignant dans la violence, le deal, la drogue, l’alcool, les préjugés, le racisme ou encore dans la dépression ambiante. Dès les premières lignes, l’évasion semble utopique tant chaque personnage du livre ne peut que s’accrocher à ses chaînes et espérer un happy end


Benjamin Whitmer, trad. Jacques Mailhos — Évasion — Gallmeister — 9782351781876 — 23,80 €
 

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Pour approfondir

Editeur : Gallmeister
Genre :
Total pages : 448
Traducteur :
ISBN : 9782351781876

Evasion

de Benjamin Whitmer

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin. Avec ce troisième roman impressionnant, Benjamin Whitmer s’impose comme un nouveau maître du roman noir américain.

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