L'ombre des chats : balade à l'islandaise, délices et détours

Mimiche - 04.06.2019

Livre - ombre chats - Arni Thorarinsson - Islande balade


POLAR ETRANGER - Einar, journaliste au Journal du Soir, a été invité à Akureyri au mariage de Kristin et Saga, par ses collègues Joa et Heida du Courrier d'Akureyri avec lesquelles il doit travailler et qu'elles ne veulent pas laisser tomber, tout seul, pendant la cérémonie qu'elles organisent pour leur amies.
 


Alors qu'il est en train de se préparer, une question apparaît sur l'écran de son téléphone : « Tu est nue ? ». Message dont l'orthographe ne manque pas de l'étonner d'autant plus que le numéro affiché ne lui est pas connu. Sûrement est-ce une erreur de destinataire à traiter avec humour ?
 
Après la cérémonie religieuse, les agapes ont réuni tous les invités dans une grande salle où les nombreux cadeaux ont été déposés sur une table en un tel amoncellement que certains sont même tombés au sol.
 
Alors que les mariées les ramassent avec quelques amis, celles-ci ouvrent l'un d'eux afin de vérifier que le liquide qu'il semble contenir ne va pas fuir. Mais rien de cassé dans le paquet ! Simplement son contenu ne manque pas de jeter un froid dans le petit cercle autour des mariées : il s'agit d'un pénis qui flotte dans un petit bocal hermétiquement fermé.
 
A la demande de Kristin et Saga choquées, Einar s'engage à ne pas dévoiler cette découverte à quiconque, surtout pas à la police, et à les en débarrasser.
 
L'instinct journalistique et le professionnalisme d'Einar ne lui permettent cependant pas d'écarter d'un revers de main un tel objet comme le voudraient les mariées. Quelle ne sera pas sa surprise, son relatif soulagement et sa curiosité avivée de découvrir ultérieurement qu'il s'agit d'un moulage synthétique.
 
Quand, quelques jours plus tard, Kristin et son ami Eyvindur seront découverts morts, dans une mise en scène macabre, Einar ne va plus pouvoir taire toutes ses interrogations au rédacteur en chef de son journal pas plus qu'au commissaire de police en charge de l'enquête, accessoirement un ancien camarade avec lequel il est en froid depuis d'anciennes rivalités amoureuses jamais éteintes, ce qui ne facilite pas le relationnel...   
Encore une fois je ressors complètement « emballé » par un roman de la collection Métailié Noir.
 
Certes, comme c'est mon « premier Arni Thorarinsson », je pense qu'une bonne part de ma surprise et de mon plaisir découle de cette perspective assez inhabituelle d'une enquête menée par un journaliste en marge de (et parfois contre) l'enquête du policier : le premier ne sait jamais grand chose des avancées du second, même lorsque les deux se rencontrent ou acceptent, enfin, de passer par-dessus leurs différends pour, sinon collaborer, au moins faire semblant. Le lecteur, comme le journaliste-héros, est donc égaré par l'auteur en multiples conjectures.
 
Le procédé est intéressant en ce sens qu'il autorise plus de mystères et d'opacité sur la progression de l'enquête, plus de suspense et de lenteur pour éclaircir les pistes qui semblent avoir ou ne pas avoir de liens entre elles.
 
L'enchevêtrement incroyable des pistes est un délice pour le lecteur qui est baladé (à l'islandaise : désolé je n'ai pas pu m'en empêcher...) à droite et à gauche, sentant bien que tous ces détours ne sont pas vains mais peinant jusqu'au bout à y trouver le fil rouge.
 
J'ai aussi beaucoup apprécié toutes ces déclarations fort à propos sur la chose et les hommes politiques et publics, qui émaillent le roman : autant d'égratignures qu'Arni Thorarinsson ne se lasse pas de distribuer et qui font indubitablement écho à notre actualité où nos politiques sont malmenés sinon discrédités (et il faut bien reconnaître qu'ils l'ont bien cherché, autant que les journalistes qui ne sont pas plus épargnés). Ses propos relatifs aux « amis de mes amis » font largement écho à ceux de Juan Branco dans son Crépuscule...

 Et ce ne sont pas les seules réflexions qu'Arni Thorarinsson s'autorise en passant ! Comme lorsqu'il cite Einstein et sa vision pessimiste du « progrès technique » que les problèmes environnementaux actuels mettent en lumière ! Ou quand il fustige « la banque (qui) décide de tout ». D'évidence, la matière du roman prend nombre de ses sources dans le quotidien, dans le vécu.
 
Un bémol ? Oui, mais il ne faut pas le prendre au sérieux : décidément, les islandais ont des noms et des prénoms impossibles à lire, à écrire et à mémoriser !!!...
 
 
Arni Thorarinsson, trad. islandais Eric Boury – L’ombre des chats – Editions Métailié - 9791022601320 – 20 €


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Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre :
Total pages :
Traducteur : Éric boury
ISBN : 9791022601320

L'ombre des chats

de Thorarinsson, Arni

Einar, le rédacteur en chef de l'Evening Post à Reykjavík, se voit peu à peu confronté à une série de mystères. Qu'est-ce qui se cache derrière le " suicide assisté par ordinateur " et soigneusement scénarisé de la jeune femme dont le récent mariage avait été transformé en cauchemar par une farce de très mauvais goût ? Qui envoie à Einar des messages obscènes à l'orthographe défaillante ? Qui a attaqué, devant une boîte de nuit, le cadre dynamique et misogyne qui terrorisait sa famille et l'a expédié à l'hôpital dans

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