L’oreille d’or d'Elisabeth Barillé : un parfum de liberté, et de bonheur

Anahita Ettehadi - 07.04.2016

Livre - Elisabeth Barillé - oreille or


Avec L’oreille d’or, paru aux éditions Grasset en février 2016, Élisabeth Barillé (Corps de jeune fille, Gallimard, 1986  ; Une légende russe, Grasset, 2012) livre une douce et lyrique confession sur son handicap  : entendre d’une seule et unique oreille. Un mal invisible aux yeux des autres qui lui aura causé bien des désagréments, mais aussi permis d’appréhender une autre musique, celle de l’écriture. 

 

 

 

La surdité est une défaillance assez méconnue, ou tout du moins difficilement remarquable au premier abord, surtout lorsque l’interlocuteur, comme l’auteure, a fait délibérément le choix de ne porter aucune prothèse auditive. Un choix qui a tout d’abord été celui des parents, et que la jeune fille, devenue femme, n’a finalement pas voulu changer.

 

Pourquoi se faire étiqueter malentendant alors que la seconde oreille fonctionne parfaitement  ? Elisabeth Barillé raconte la façon dont elle a surmonté, en tant qu’enfant, et surmonte encore aujourd’hui en tant qu’adulte, cette particularité qu’elle qualifie par moments de tare et d’autres fois de don. Une sorte de cadeau empoisonné qu’il faut savoir apprécier. 

 

Écouter d’une oreille requiert un effort de concentration incroyable que les entendant ne soupçonnent même pas. Depuis cet accident, l’auteure n’étant pas née sourde, Elisabeth Barillé s’est souvent sentie marginalisée, oppressée à l’idée de tenir une conversation – chose pourtant banale et aisée mais qui, en l’occurrence, relève du défi, de l’exploit.

 

Elle a donc décidé de se « retirer » de la société, de ne plus se soumettre aux mondanités, afin de ne pas souffrir davantage, et d’apprendre à décrypter la mélodie qui, peu à peu, a commencé à bercer son esprit ; c’est dans un demi-silence qu’Elisabeth Barillé a finalement découvert un nouveau sens : écrire. Son oreille interne, bien qu’invalide, est capable de saisir le rythme des mots, leur sonorité, et l’auteure parvient à créer un morceau tout aussi allègre et envoûtant que La Lettre à Élise.  

 

Ce roman, d’une délicatesse extrême et d’une musicalité hypnotique, est une délicieuse rêverie, une promenade langoureuse : en somme, un bel hommage à Rousseau. Car toute personne atteinte d’un handicap tel qu’il soit, et tout particulièrement celui-ci, reste solitaire ; cela force la personne à s’extraire du monde, à créer une bulle salvatrice, imaginaire, où la réalité n’a plus d’emprise et la solitude ne possède plus une saveur amère, mais détient, au contraire, un parfum de liberté, et de bonheur. 

 


Pour approfondir

Editeur : Grasset Et Fasquelle
Genre : sociologie faits...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782246855750

L'oreille d'or

de Élisabeth Barillé

Entendre, mais d'une seule oreille. Ne pas entendre comme il faudrait, donc, à l'école, en société, chez soi, mais entendre autre chose, souvent, entendre mieux, parfois. Dans ce récit intime, Elisabeth Barillé évoque son handicap invisible, malédiction et trésor, qui l'isole mais lui accorde aussi le droit d'être absente, le droit à la rêverie, au retrait, à la rétention, voire au refus. " Merci mon oreille morte. En me poussant à fuir tout ce qui fait groupe, la surdité m'a condamnée à l'aventure de la profondeur. " Elle revient sur ce parcours du silence : sa vie d'enfant un peu à part, les refuges inventés, les accidents et les rencontres. De l'imperfection subie au " filon d'or pur ", Elisabeth Barillé traverse l'histoire littéraire et musicale, dans une réflexion presque spirituelle.

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