L'os de Dionysos : un objet de censure

Mimiche - 08.10.2013

Livre - censure - contestation - érotisme


Christophe Laporte est professeur de lettres françaises et d'occitan dans un collège privé proche de Tarbes. C'est un esprit un peu fantasque et libre, plein d'érudition et de poésie, amateur éclairé de jazz et de littérature, un peu à l'étroit dans le rôle que l'Enseignement voudrait lui faire jouer, certainement à gauche sinon gauchiste ou ex-soixante-huitard, complètement épris du corps, de la peau et des seins de Laure, son amie.

 

Entre des cours débridés qui s'accordent très peu avec la rigidité des autres enseignants ainsi que d'Ursula Ossi, la directrice de l'établissement, il partage son temps libre entre l'écriture, l'animation d'une heure hebdomadaire d'actualité littéraire sur une radio libre et l'amour qu'il fait avec passion et sans retenue avec Laure.

 

Tout est occasion , pour lui, pour mettre à mal le cadre rigide dans lequel on voudrait le faire rentrer et qui l'insupporte aussi bien que le comportement de ses collègues dont il ne maque aucune occasion pour le ridiculiser, pas toujours avec délicatesse. Tout est prétexte à contestation, opposition mais une opposition constructive qui ambitionne l'ouverture d'esprit des élèves, la découverte du recto et du verso des choses, la pénétration du monde dans une démarche de liberté consciente et éclairée.

 

 

 

Etonnamment, la quatrième de couverture précise que ce livre a été interdit, à sa parution, en 1987, pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale » par le Tribunal de Grande Instance de Tarbes.

 

A l'évidence les temps ont bien changé.

 

Car, si Christian LABORDE ne mâche pas ses mots pour critiquer ouvertement, par les propos de son personnage, et l'Education Nationale et le Système et ceux qui le mettent en œuvre qu'ils soient inspecteurs d'académie,, chefs d'établissements ou seulement enseignants, il me paraît très clair que tous ces propos ne méritaient certainement pas pareille opprobre. Et en tous cas, ne subiraient assurément plus les foudres de la Justice aujourd'hui, l'édition dans le Livre de Poche en étant le témoignage évident.

 

Personnellement, j'ai adoré ses digressions occitanes et cette revendication patrimoniale et linguistique qui me touche autant que lui.

 

J'ai adoré ses dissertations jazzistiques dont j'aimerais être capable afin de faire partager bien mieux et bien plus largement que je ne sais le faire d'immenses coups de cœur sur des découvertes de jazz.

 

J'ai adoré cette liberté de description de ces corps à corps d'amants sans frein.

 

J'ai adoré ses charges parfois excessives contre l'ordre établi, ses envolées lyriques sur la poésie capable d'ouvrir la cage aux esprits et libérer les âmes neuves sans pour autant les détourner du Beau, de la soif de Connaissances et d'autodétermination éclairée.

 

Bref, un livre à mettre à la vue plutôt qu'à l'index !