L'univers, Hubert Haddad

Clément Solym - 18.09.2009

Livre - univers - Hubert - Haddad


Un homme... isolé... une île... perdue au milieu du Pacifique... Naufragé et se battant contre les démons du passé pour mieux comprendre ce qui lui arrive. « Seul au monde » en quelque sorte. À défaut de parler à un ballon de volley et de lui attribuer un petit sobriquet dont l’humour serait particulier, cet homme se recompose un monde autour de lui. Son outil, la constitution de son propre dictionnaire composé de mots qui expriment ses ressentis afin de se composer une existence depuis qu’il souffre d’une forme particulière d’amnésie. Une pensée, la même à chaque lettre, celle de considérer que finalement nous ne sommes que peu de choses au regard de l’infiniment grand...

Au commencement, le lecteur pourra s’interroger... qui voudrait lire un dictionnaire ? La lecture représente un certain danger de redondance et de courtes histoires parcellaires. Cette première impression est vite effacée puisque tout va se recouper au fur et à mesure, replacé dans un contexte et dans le vécu de cet être solitaire. Il en ressort un véritable sens proposant une certaine compréhension du passé, mais aussi de la subjectivité des évènements.

Hubert Haddad Zulma ©
Lorsqu’il semble que l’on a tout oublié, l’idée de se recréer un lexique à partir de mots qui reviennent apparaît opportune ; d’autant plus lorsqu’il s’agit de mots savants pouvant éventuellement répondre aux interrogations de l’existence. Notre naufragé va s’appliquer à les identifier, les classer et leur trouver une explication avec peu ou prou de succès. Une énumération de mots donc, une définition ensuite avec la difficulté d’en faire le lien et d’en dégager un début d’explication.

Les mots retenus sont davantage ceux du désespoir et de la fatalité. La solitude et la perdition se ressentent évidemment, ne restant plus que l’espoir et la volonté de se (re)construire un passé et peut-être un avenir (?). Se heurtant à l’incompréhension des autochtones, la solution restante n’est plus que de se débrouiller seul.

Ce qui frappe, c’est une certaine poésie livrée par le naufragé lorsqu’il livre ses souvenirs et son parcours parfois tragique. Cet homme a tout perdu, mais sa situation psychique l’empêche, si l’on peut dire, de s’en rendre vraiment compte. Tandis qu’il se projette dans les lois de l’univers, du cosmos (dénotant ainsi une forte présomption de ses occupations passées), le lecteur peut parfois s’impatienter quant à sa réelle identité. Toute son existence semble tourner autour des lois de la physique et de la contemplation des étoiles. Il contribue de ce fait à proposer des interprétations métaphysiques et même philosophiques à ce qui l’entoure et à son état du moment.

Parfois tout s’embrouille pour trouver une meilleure continuité au parcours alphabétique, notamment lorsque l’on se rappelle singulièrement des faits, mais que leur dénomination reste finalement incertaine.

Les souvenirs s’emmêlent constamment comme si le narrateur avait vécu plusieurs vies, avait tout vu et tout entendu : d’enfant orphelin à noctambule insomniaque, de scientifique en aventurier... des bribes de mémoire pour reconstruire un présent dans un futur qui semble hypothétique. Hubert Haddad propose une vision de l’homme qui présente plusieurs visages. Il n’y a pas une histoire, mais des histoires, dès lors que le fil conducteur n’existe plus. Face à ses souvenirs, ses activités, ses espérances, ses regrets, le poids de l’héritage (...), quoique l’on dise l’humanité ressort continuellement de la personne quels que soient les aléas que la vie porte.


 

Retrouvez L'univers d'Hubert Haddad, en librairie