La balade des pavés, de Sylvie Godefroid

La rédaction - 01.03.2016

Livre - balade pavés - Sylvie Godefroid


Lola, 40 ans, divorcée et mère de deux enfants, se surnomme « Lola la chance » parce que la vie lui a toujours souri. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle a un cancer du sein. L’ablation de la tumeur est programmée dans une quinzaine de jours, s’ensuivra la chimiothérapie. Aujourd’hui, il est 4 h du matin et Lola ne parvient pas à dormir. Elle met des vêtements et se lance dans une balade nocturne à Bruxelles.
 


 

Elle sort de chez elle pour retarder le moment où elle devra affronter la réalité et commencer son combat, où elle devra annoncer à sa mère et ses enfants que cette tumeur n’est pas si bénigne que ce qu’elle a bien voulu leur dire pour ne pas les inquiéter. En effet, entre un fils de 15 ans un brin macho qui lui demande si elle compte réellement sortir dans cette tenue, une fille de 11 ans qui la trouve trop glamour dans sa robe, une mère affectueuse, mais au caractère diamétralement opposé au sien et un ex-mari habitant loin « pour la survie nerveuse de tous », il est difficile de trouver les mots justes. Lola est terrifiée à l’idée de quitter ses enfants trop tôt, et aussi de perdre ses cheveux blonds.
 

Elle qui d’ordinaire vit en marge des autres, dans son appartement et son quartier qui font office de cocon de sécurité, elle se met à observer les inconnus rencontrés. De fil en aiguille, des conversations s’entament avec Émerance et sa détresse haut de gamme, Polo le clodo morcelé, Lili la timide, Estelle l’intellectuelle où les paradoxes s’affrontent, un vieux couple caricatural des Marolles… Aucun d’eux ne laisse Lola indifférente. Elle découvre qu’il est possible d’être authentique en présence d’inconnus et que c’est peut-être même plus facile qu’avec des connaissances. Rencontrer toutes ces personnes blessées, parfois marquées au fer rouge et habitées par un trou béant, lui permet d’entrer en contact avec ses propres fêlures.
 

Il fallait qu’une insomnie me tire de mon nid pour que je parte à la rencontre des peurs et des solitudes que je n’osais exprimer. Il fallait le ballet improvisé des pavés bruxellois pour que je me mette à parler-vrai. À me raconter. Il me fallait une Émerance voûtée pour aborder le chapitre d’une solitude que je ne regardais pas en face, il me fallait une Jacqueline aux bas nylons tombants pour essayer de me réconcilier avec ma féminité. Personne ne m’a jamais autant malmenée que moi. Il est temps de modifier le regard que je pose sur mes courbes. Évelyne est la cerise sur le gâteau d’une journée qui ne ressemble à aucune autre. Elle permet à la colère de surgir à la lisière de mon être, tout au bord de moi.



Par sa sortie, Lola essayait de retrouver un équilibre pour mieux braver la nouvelle, mais rien ne se passe comme prévu : elle est bouleversée par cette balade nocturne. Ses certitudes sont secouées, ses souvenirs affluent, ses émotions se bousculent, dans toutes leurs contradictions. On découvre une Lola complexée par ses rondeurs, qui a peur d’aimer, d’être aimée, qui n’assume pas complètement sa féminité et qui en veut aux femmes belles, insouciantes et en bonne santé qu’elle croise. Surgit la question inévitable, « pourquoi moi ? », et puis ce sentiment de course contre la montre dû à la peur de ne plus avoir assez de temps devant soi.
 

Malgré la dureté du thème évoqué, le roman de Sylvie Godefroid est très agréable à lire et n’est aucunement pesant. Les personnages qu’elle nous donne à voir sont authentiques et très touchants, dépeints dans un style juste et finement ciselé. Certains ont une franchise et un humour « bien de chez nous » qui rendent quelques répliques savoureuses. :

– Ça ne te manque pas de t’envoyer en l’air de temps en temps ?

– N’importe quoi ! Je vous en pose, moi, des questions ?

– Ne fais pas ta mielleuse, dis. Le sexe, c’est la vie ! Il n’y a rien de plus vrai.

– Les patates aussi.

– J’aime faire l’amour, ça ne m’empêche pas d’aimer les frites. Rien à voir.

– Les frites font grossir.

– L’amour aussi, suffit de se protéger.
 

La balade des pavés, dont la préface est écrite par Barbara Abel, est un récit qui nous fait bien comprendre que le cancer du sein ne touche pas qu’une partie de l’anatomie féminine, il ébranle aussi la femme dans son être le plus profond et laisse des traces indélébiles.
 

Un roman fort et lumineux, dont on se laisse agréablement bercer par la mélodie des mots (« Tant de projets exaltants espèrent la douceur de votre respiration et les battements délicats de votre cœur »).
 

La balade des pavés, une ode à la vie.
 

Si je cherchais l’apaisement dans les rues de ma ville, c’est la vie que j’ai rencontrée, la vraie, dans ce qu’elle a de cruel et de doux.

 

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Séverine RADOUX

Avec Le Carnet et les instants


Pour approfondir

Editeur : Genese
Genre : litterature...
Total pages : 184
Traducteur :
ISBN : 9782930585789

La balade des pavés

de Sylvie Godefroid

La balade des pavés, c'est la balade d'une femme dans les couloirs d'un temps qui commence à compter. C'est la balade du courage et de l'amour. Ça pourrait être votre histoire. Lola ne dort plus depuis l'annonce d'une boule sous son sein. Alors Lola sort de chez elle en pleine nuit. Les pavés de sa ville l'appellent. Une façon de se recentrer, de faire le point et de se préparer à des jours douloureux. De rencontres en rencontres, Lola voyage dans les quartiers d'une ville comme dans les coulisses de sa féminité, de ses orages anciens, de ses déchirures mais surtout, elle voyage dans un désir de plus en plus grand de vivre, de rire, de grandir !

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