La belle rouge, Poppy Z. Brite

Clément Solym - 06.10.2009

Livre - belle - rouge - Poppy


Mes enfants, je sors à l’instant, ou presque, d’un balthazar tout à fait honorable, dans lequel se sont succédés respectivement un Saint-Julien de 1992, des tagliatelles fraîches au foie gras frais, avec une très légère pointe de cumin – délicieuse – et quelques morceaux de truffe pour qu’exhalent de mon assiette un assortiment de saveurs exceptionnelles. Quand les produits sont bons, y’a pas, c’est un régal. Alors, vous parler du dernier bouquin de Poppy… je suis plus que chaud et en super condition. Si, si… de toute manière, les personnages, vous les connaissez déjà, puisqu’il s’agit de nos deux cuistots G-Man et Rickey, qui dans le précédent opus avaient ouvert Alcool, un restaurant basé sur un concept simple : tous les plats sont cuisinés… à l’alcool.

Le concept a plus que bien marché, en Nouvelle-Orléans, et n’eut été leur associé Kenny, qui leur a fourni l’argent pour monter l’affaire, les deux amants fileraient le plus parfait des amours. Disons que c’est presque le cas. Mais débarque cette chronique, pondue dans un torchon de magazine gratuit, qui flingue Alcool, la cuisine, les plats, les cuisiniers, le chef, le personnel, les tables, le menu et Lenny, l’associé en question. Le moral de tout le monde en prend pour son grade.

Poppy Z. Brite © Diable
À quelques encablures de là, alors que le morceau n’est toujours pas digéré, Rickey est sollicité pour aider un restaurant à se remettre sur pied : le patron estime que le chef se démerde comme un pied, bot, pour preuve le chiffre d’affaires qui ne monte pas. Le hic, c’est que ce chef est un vieux vicelard qui avait tenté de vriller le cerveau de Rickey plus jeune, cherchant à lui faire tromper G-Man. Il n’avait que 18 ans, mais n’a pas cédé. Pourtant, douze ans plus tard… la tentation est grande. D’autant que 10.000 $ sont à gagner pour le consulting : de quoi racheter une partie des parts de Lenny, arriver à être indépendants… Tout cela se réfléchit. Enfin, on y verrait plus clair si de la Cerda, n’avait pas décidé de briguer un haut poste de l’administration de la ville. Disons qu’on aurait moins d’ennui.

Résolvons direct le problème : on n’a pas besoin de lire le premier tome pour comprendre les liens entre les uns et les autres. D’ailleurs, inutile de l’acheter une fois ce livre fini : vous sauriez tout, et perdriez un bon moment, justement avec Alcool. Lire les deux à la suite… est bien plus qu’un conseil. Ensuite… La belle rouge sent le roman bien plus construit, plus dense, avec soit une meilleure traduction soit un texte originel mieux ficelé.

Ça n’empêche pas que quelques pages auraient volontiers pu sauter pour économiser l’intrigue, resserrer l’ensemble et faire mouche plus directement. Ici, plusieurs séquences alourdissent le texte qui retombe alors même qu’on est vraiment face à un délicieux roman. Non pas que les 30 pages de plus qu'Alcool fassent la différence, mais on pouvait vraiment réduire un peu. Et puis, on déplorera çà et là, une faute de frappe, un accent oublié là où ça compte...

On y retrouvera une ambiance assez similaire à celle d’une émission en vogue sur la TNT, dont le nom heureusement m’échappe, où un chef revient mettre en état un resto qui périclite. Drôle, efficace, La belle rouge c’est un feu d’artifice de plats et de personnes qui passent, ou presque, leur temps à bouffer, et qu’on ne me dise pas que l’époux de Poppy, qui est chef, n’y est pour rien.

Mais vraiment, même si vous ignorez tout d'Alcool (et c'est dommage), soyez assurés que La belle rouge se déguste bleue, voire tartare. Ce couple de cuistots défouraillent sérieusement, tant en cuisine, qu’en ménage. Pour un premier contact avec Brite à travers ce livre, alors, mes agneaux, soyez tendres, ce n’en sera que meilleur…

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