La cité des jarres, à la rencontre d'Erlendur, Islandais jusqu'au bout de l'enquête

Mimiche - 29.11.2019

Livre - La cite des jarres - Erlendur roman policier - polar islandais Points


POLAR ETRANGER - En rentrant à son domicile, au premier étage d'un petit immeuble de Nordurmyri, un quartier excentré de Reykjavik, l'homme, qui avait pris ses enfants au sortir de l'école, fut assez étonné de voir la porte de l'appartement du sous-sol inhabituellement ouverte. Appelant depuis le seuil et sans succès l'occupant qu'il ne connaissait que de vue, il ne fut pas assez vif pour empêcher son fils aîné de pénétrer dans l'appartement ouvert, ce qui valut à ce dernier de se trouver face au corps inerte et ensanglanté de Monsieur Holberg, au milieu du salon.
 

 
La police prévenue et les premières constatations effectuées, le meurtre fut rapidement identifié comme cause du décès du vieil homme habitant seul dans cet appartement.
 
Ce qui empêchait l'inspecteur Erlendur Sveinsson de considérer, comme ses collègues, cette mort comme étant le résultat d'un « crime à l'islandaise », à savoir « violent, bête et méchant », c'étaient ces trois mots au sens incompréhensible, rapidement écrits au crayon à papier sur une feuille posée sur le cadavre.
 
L'absence d'effraction à la porte, l'absence apparente de vol dans l'appartement, la porte ouverte dénotant un départ précipité, le cendrier qui avait servi d'arme, tout le ramenait à la conviction d'un acte sans préméditation mais que le meurtrier avait voulu quand même qualifier.
 
Et quand l'ordinateur récent retrouvé sur un bureau a fourni aux enquêteurs pléthore de fichiers à caractère pornographique, dans tous les excès déviants que les vidéos ont pu dévoiler aux policiers, Erlendur se demandait déjà quel genre d'homme pouvait bien se cacher derrière ce voisin tranquille retrouvé assassiné : l'élucidation du meurtre risquait de ne pas être un long fleuve tranquille, elle non plus...
 
Rentré chez lui, Erlendur eut encore à affronter Eva Lind, sa fille, qui tentait vainement de décrocher d'une addiction à la drogue et avec laquelle il peinait à trouver le bon ton de discussion. Résultat : elle était partie en claquant la porte, le laissant seul devant un repas devenu froid qu'il n'avait même plus envie de manger.
 
 
 
Arnaldur Indridason est, bien sûr, loin d'être un inconnu dans le milieu du roman policier et chacun de ses nouveaux ouvrages ne manque pas d'attirer les amateurs du genre ; shootés aux atmosphères froides, brumeuses autant qu'inquiétantes des polars à l'islandaise.
 
Sans être un « addict » inconditionnel, j'ai toujours apprécié ses romans et son emblématique inspecteur aux manières assez peu conventionnelles.
 
C'est pour cela que j'ai plongé sans retenue dans l'un de ses premiers romans (sinon le premier si je ne me trompe pas) qui m'avait encore échappé (mais il va falloir que je vérifie qu'il n'y en a pas encore toute une ribambelle vue sa production déjà assez significative).
 
Le scénario se cale peu à peu sur un intéressant sujet sociétal assez sensible qui concerne la constitution de banques d'organes et de tissus humains prélevés sur des personnes décédées et destinées à des fins de recherche et d’enseignement, dans des temps où ces prélèvements n'étaient pas encore encadrés par des dispositions législatives. Mais il s'agit aussi de la protection, plus récemment devenue prégnante, des données personnelles associées à ces prélèvements, et rendues d'autant plus vaporeuses que la prolifération tentaculaire du numérique s'avère parfois bien perméable aux hackers en tous genres...
 
Tout cela sert de toile de fond, ciselée aux petits oignons, à une passionnante intrigue dont les origines sont bien loin et bien proches de ce meurtre sur lequel s’ouvrent les premières pages du livre.
 
Le personnage d'Erlendur, qui deviendra, au fil des romans, le héros récurrent d'Arnaldur Indridason commence déjà à dessiner son profil atypique et si caractéristique, même si les cercles personnels des grands flics récurrents du polar sont tous, plus ou moins, devenus un peu stéréotypés avec leurs travers, leurs vies, leurs em...rdes du quotidien, leur humanité assez loin des icônes plus anciennes.
 
Pas de problème, Erlendur va vous emmener au bout de cette enquête passionnante, historique, sociale, un brin philosophique et, de fait, très actuelle et très engagée dans la dénonciation des violences faites aux femmes.
 
Inconditionnels ou pas, si vous n'avez pas encore lu ce livre, n'hésitez pas à vous lancer à votre tour.


Arnaldur Indridason, trad. islandais Eric Boury - La cité des jarres - Points - 9782757800232 - 7,50 €

 


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Pour approfondir

Editeur : Points
Genre : polars & thrillers
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782757800232

La cité des jarres

de Arnaldur Indridason

L'inspecteur Erlendur, un vieux policier de Reykjavik, mal nourri, toujours de mauvaise humeur, dans la tradition du genre, enquête sur le meurtre d'un vieil homme. Dans l'ordinateur de la victime, on trouve des photos pornographiques immondes et, coincée sous un tiroir, la photo de la tombe d'une enfant de quatre ans. Erlendur n'accepte pas la thèse du crime de drogué en manque, il retrouve un ami de cet homme en prison et découvre le passé de violeur de la victime. A travers l'autopsie de la petite fille morte quarante ans auparavant, il découvre la Cité des Jarres et le fichier génétique de la population islandaise. L'écriture de Indridason reprend aux vieilles sagas leur humour sardonique, l'acceptation froide des faits et leurs conséquences lointaines. Ce livre, écrit avec une grande économie de moyens, va bien plus profond que la plupart des romans policiers : il transmet le douloureux sens de l'inéluctable qui sous-tend les vieilles sagas qu'au Moyen Age les Islandais se racontaient

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