La cité sans aiguilles : il était une fois un horloger, un écrivain, un guerrier et Marc Torres

Mimiche - 06.04.2015

Livre - conte - poésie - Littérature française


D'abord il y a l'horloger !

 

Après des années de long apprentissage, il est devenu un Maître dans sa spécialité. Personne mieux que lui ne sait faire tourner les aiguilles du temps avec autant de talent, tant et si bien que les commandes lui parviennent de partout dans le Pays.

 

Ensuite il y a l'Ecrivain !

 

Lui aussi est un Maître en son métier. Il sait lire les messages du monde et les écrire, les raconter, les maintenir en vie, leur faire redonner la vie.

 

Enfin il y a le Guerrier !

 

Il a tout appris des Grands Maîtres, lui aussi ! Jusqu'à parvenir à vaincre le terrible fauconnier qui a autrefois assassiné son père puis tué son frère. Loin de la seule vengeance, le Guerrier a, pour cela,  surtout atteint le degré le plus élevé de maîtrise du combat.

 

Et puis, aux confins du monde connu, il y a un royaume imaginaire dont le roi est écrasé de chagrin du fait de la perte de sa chère Elvira. Du monarque éclairé et clairvoyant, il ne reste plus que des larmes que son fidèle conseiller Guillaume ne parvient pas à faire tarir. Pour le plus grand malheur des habitants du royaume.

 

Chacun des trois hommes a reçu, a perçu, a senti le besoin de tout quitter pour diriger ses pas vers une nouvelle quête, plus haute, plus considérable, plus grandiose que ce que son haut niveau de maîtrise de son art lui a jamais permis d'atteindre. Trois chemins au départ si éloignés vont converger vers une unique destinée : la Cité sans Aiguilles du Roi Blanc devenu Roi Fou !

 

Il était une fois……

 

Ce roman n'est pas un roman ! C'est un conte triste et gai à la fois pour enfants sages ou pas. Mais comme il est un peu ardu parfois, il faut que les enfants soient un peu grands pour l'appréhender. A moins qu'il ne s'agisse d'adultes ayant oublié de grandir ! Car il reste indispensable d'avoir gardé des yeux d'enfant pour voir toute la beauté de ces pages.

 

Marc TORRES réussit en un seul livre à écrire mille contes à la fois qui, en soi, auraient pu certainement s'auto suffire et qui, agglomérés, en font un ouvrage d'une saisissante dimension et d'une poésie infinie.

 

Le texte est d'une fraîcheur délicieuse, a des échos des histoires qu'on raconte aux petits garçons et aux petites filles pour les faire rêver avec des héros forts, droits, vaillants humbles, persévérants, humains mais exceptionnels. Il est émaillé de sentences qui semblent tout droit issues de la sagesse populaire : des sentences qui vantent les qualités des hommes, les encouragent à terrasser leurs défauts, les poussent à devenir meilleurs pour eux et pour les autres, leur permettent de se surpasser pour atteindre au sublime dans leur art et ouvrir la voie aux autres.

 

 

 

Tout cela est mis en scène de manière sensible et magistrale avec une écriture moderne qui ne renie en rien ses inspirations passées, avec un petit côté parfois anachronique devant l'intense agitation du monde.

 

 

 

C'est une immense leçon de vie et d'acceptation de la mort, une leçon revue et corrigée d'un humanisme écologique profondément attaché au vivant et tolérant, une leçon de tradition et de transmission du savoir, de continuité et d'espoir.

 

 

 

C'est un magnifique message auquel il est plus que souhaitable, même si peu probable, de donner l'écho le plus large y compris s'il doit encore paraître archaïsant.