La confession de la lionne de Mia Couto : l'Afrique, toujours mystérieuse

Mimiche - 20.06.2016

Livre - Mozambique légende traditions - confessions de la lionne - Afrique Mia Couto


Le village de Kulumani, bien loin de Maputo, est troublé depuis quelques temps par des lions qui en approchent les maisons et sèment la terreur dans la population. Et puis voilà le drame définitif : une jeune fille, Silência, la sœur de la narratrice, Miramar, est dévorée par l’un de ces fauves.

 

Après l’ensevelissement des restes de Silência, Hanifa, sa mère, est terrassée par la douleur que Genito, son père, ne parvient pas à lui faire surmonter. Tout au plus est-il capable de lui avouer qu’il connaît une nouvelle : des chasseurs ont été appelés par les autorités pour venir chasser les lions.

 

Mais l’idée de voir arriver ces étrangers dans le village ne rassure ni Hanifa ni Genito car ils connaissent l’un d’entre eux, un chasseur mulâtre, qu’Hanifa envisage aussitôt de tuer. Car si ce sont les lions qui ont appelé le chasseur (et certainement pas les autorités comme les dignitaires ou les entreprises pourraient le prétendre), Miramar affirme que c’est elle qui a appelé les lions. Aussi, Genito interdit à sa fille de sortir de la maison tant que le chasseur sera à Kulumani. Et peut-être même qu’il va demander aux lions de les débarrasser du chasseur.

 

Pendant ce temps, à Maputo, Arcanjo Baleiro, le chasseur, se bat avec ses cauchemars : son frère Rolando qui a causé accidentellement la mort de leur père en nettoyant un fusil de celui-ci, sa mère Martina qui était morte peu de temps avant le terrible accident, son isolement après l’enfermement de Rolando en centre psychiatrique, sa passion pour Luzilla qui n’avait d’yeux que pour Rolando, la chasse qui était une affaire de famille, … Et tant d’autres !.

 

Retenu à l’issue d’un appel à candidature pour chasser les lions de Kulumani, Arcanjo a aussi d’autres démons en tête, souvenirs d’un séjour plus ancien à Kulumani. Et si, pour lui, cette chasse est la dernière, ce sont tous ces souvenirs qui l’accompagnent en même temps que l’écrivain que les autorités lui ont accolé pour rendre compte de cette importante mission.

 

 

 

Avec son habituelle magie, Mia COUTO nous plonge dans une multitude d’histoires parallèles qui s’enroulent autour du chasseur, de Miramar et de sa famille, de l’écrivain, de l’administrateur, de tous ces personnages dont les trajets se croisent et se séparent dans l’espace et dans le temps.

 

Encore une fois, c’est l’Afrique mystérieuse, mystique, sauvage dans toute sa culture, qui forme le décor de ce roman aux frontières du réel, dans ces zones où le surnaturel, les croyances, les consciences collectives, la prégnance des forces et des comportements sociaux confectionnent une réalité invisible mais palpable par les membres du village, de cette société fermée et autorégulatrice de stabilité.

 

Je reste toujours étonné de ressentir la force de pénétration de cet écrivain blanc dans la culture africaine. Le même étonnement que j’avais éprouvé à la lecture de « Ndimsi » d’Eric de Rosny, cette incroyable plongée d’un missionnaire jésuite dans le traitement psychosomatique et collectif de « malades », réalisé par des guérisseurs dont les interventions dépassent les dimensions médicales pour atteindre au social ou au mystique.

 

Et les lions et lionnes de Kulumani sont bien au cœur de ce contexte humain et culturel du village africain où le collectif a encore un sens, où le groupe, même s’il est broyeur d’individualités, participe aussi à la protection de tous et de chacun, où les morts et les vivants sont présents dans un même monde.

 

J’adore les images magnifiques qui émaillent les livres de Mia COUTO. J’adore sa façon de raconter comment les mères pressentent les mouvements de leurs enfants, vivants, dans leur ventre ou, morts, dans leur contact avec la terre qui les garde. J’adore voyager avec lui au-delà de la réalité cartésienne pour frôler ce mystérieux voire ce mystique. C’est un plaisir à chaque fois renouvelé de ressentir cette symbiose de l’Homme avec le milieu qui l’entoure, le nourrit, le terrifie et le possède.

 

Retrouver un extrait de La confession de la lionne de Mia Couto

 

(traduction Elisabeth Monteiro Rodrigues)


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre : litterature...
Total pages : 240
Traducteur : elisabeth monteiro rodrigues(
ISBN : 9791022601474

La Confession de la lionne

de Mia Couto

Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d’hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes. Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l’origine et la nature des attaques des bêtes. Sa sœur, Silência, en a été la dernière victime. L’aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives. La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances. L’auteur a vécu cette situation de très près lors d’un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l’histoire inspirée de faits et de personnages réels qu’il rapporte ici. Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages. Un grand roman dans la lignée de L’Accordeur de silences.

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