La coulée de feu, Valerio Evangelisti

Clément Solym - 30.08.2009

Livre - coulee - feu - Valerio


Visualisez des enfants jouant aux petits soldats, deux, trois, quatre, comme il vous plaira. Observez la minutie avec laquelle, ils disposent leurs personnages en plastiques, les camaïeux de vert et de marron. La stratégie qui anime cette disposition, par nationalité et armement, tout ceci dans le seul but de perpétrer un joyeux massacre qui s’achèvera par le rangement précautionneux de ces jouets, jusqu’à la prochaine bataille.

Oubliez cette image un instant, car ce que Valerio Evangelisti nous propose en est loin, très loin. Ce n’est ni un jeu, ni une frappe chirurgicale, aucune stratégie, aucune histoire, juste une confrontation avec l’être humain en ce qu’il a de plus monstrueux, sa haine et sa violence, un voyage au cœur de l’histoire, au XIXe siècle, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

 

Apprêtez-vous à être baladé sur trois décennies entre les rives de Rio Grande. Attractions du voyage, affrontements armés, cela va sans dire, tortures, viols, esclavagisme, racisme, exécution, corruption, grève, mine et chemin de fer, analphabétisme, tout y est.

Chaque protagoniste demeure animé par sa seule ambition. Les destins se croisent et se heurtent, comme Marion, l’arriviste, qui cherche par tout moyen à accéder à la reconnaissance quitte à utiliser ses charmes auprès d’hommes qui l’ont répugnée, et qui finira embrochée en atteignant son but, ou Theodoro, le gentil garçon qui perdra pied après la mort de sa femme.

 
Valerio Evangelisti Metalié©

Loin de retrouver un Mexique folklorique, on est dès les premières pages engluée par la chaleur, la poussière, la sueur, le sang, les chevaux, leur odeur, et le bruit des canons. Certes, parfois, on s’amuse de ce chaos, cette désorganisation propre à la guerre, mais au fil des pages cela devient insoutenable.

 

Toutefois, il convient de souligner un point commun avec nos enfants jouant aux petits soldats, ceux qu’on avait mis de côté. Ce qui compte, ici, c’est l’uniforme, les décorations et l’armement. On est dans la réalité de la guerre.


Valerio Evangelisti nous dépeint une société et une époque profondément raciste et cloisonnée, genèse du Mexique que nous connaissons aujourd’hui. Pour la distraction, il faudra repasser. Ici, on souffre !

L’intérêt est uniquement géopolitique et historique. « Gringos », Mexicains, et « indios » n’avaient pas la même valeur au XIXe siècle, qu’en est-il aujourd’hui ? Rien ne sert de se voiler la face, les castes continuent à exister dans notre Mexique moderne. Seule révélation qui mérite que l’on s’attarde sur cet ouvrage.


 

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