La démocratie américaine paralysée par ses aspirations mêmes

Nicolas Gary - 23.01.2018

Livre - amérique démocratie trump - attentats septembre exil - classe moyenne riches


La crise budgétaire américaine est passée, et le président Trump savoure une victoire face au shutdown. Cette tension entre les républicains et les démocrates, durant le vote du budget, peut paralyser le pays. Mais le Congrès a su trouver une voie favorable. C’est l’avantage avec la réalité : elle nous déçoit rarement…

 



 

Le Massachusetts n’est pas nécessairement un État à même de susciter le désir. Et l’on imagine mal que le territoire se prête aux bouleversements financiers qui agitent notre époque. Mais la phrase de César est connue : « J’aimerais mieux être le premier dans ce village que le second à Rome. » C’est ainsi qu’un milliardaire se présente aux élections d’une petite ville…

Avec Jonathan Dee, tout débute pourtant à New York, comme il se doit : nous sommes au lendemain des attentats du 11 septembre, l’Amérique est foudroyée. Comme d’autres, qui ne furent pas directement touchés, Philip Hadi décide d’emporter sa famille loin de Manhattan et de s’exiler, loin de la Big Apple. Comme bien d’autres, Phil est perturbé, excessivement peut-être.

 

La famille s’embarque donc dans les monts Berkshire, chaîne de montagnes du Massachusetts, à la frontière avec le Connecticut. Et ce businessman se retrouve ainsi à Howland, lieu de résidence secondaire de riches Américains, qui se mêlent parfois aux travailleurs des classes moyennes. Ici, la communauté vit de festivals pour les touristes et de taxes foncières élevées.

 

Voici comment le gestionnaire de fonds se retire de la vie mouvementée de la capitale économique, pour… immédiatement installer des mesures de sécurité délirantes. C’est alors que meurt le maire : au pied levé, Philip se présente, multiplie les promesses de financement, quitte à payer le déneigement sur ses propres deniers. Une manne pour les administrés.

 

Et Philip se s’arrête pas en si bon chemin : il redresse les entreprises locales. Sans que le contribuable ne sente passer la douloureuse, les salaires publics augmentent. Le miracle s’accomplit. Presque. Dans cette ville où seul un enseignant mâle n’est pas obèse, les changements n’existent pas sans contrepartie délicate pour toute une société. 

 

Et dans le même temps, Mark Firth, père aimant, mari dévoué, mais entrepreneur qui a récemment perdu de l’argent à cause d’un investisseur fumeux, se trouve une voie nouvelle. Au risque de sacrifier sa famille, pour assurer une survie financière, il se retrouvera pris dans l’engrenage. 

 

C’est l’Amérique qui se regarde ici, et se voit décortiquée : la démocratie, le pire des régimes à l'exclusion de tous les autres, est débattue dès cet immense monologue qui introduit le récit. Cette petite ville passe de l’idyllique bourgade américaine à la cité du désespoir : personne n’est satisfait. Jamais. Dans cette Amérique où l’on est censé s’améliorer constamment, un vide se crée. 

 

Aujourd’hui, ce roman semble présenter tous les traits de la folie d’un Donald Trump. Mais la petite ville serait alors tous les États-Unis. Roman fleuve, Ceux d’ici démolit la figure capitalistique d’un père de famille blindé, à la recherche d’une place pour figurer parmi les sauveurs. Mais ses largesses ne font qu’exciter la défiance. Surtout quand les systèmes de sécurité, type caméras, finissent par peupler toute la ville.

 

Roman éprouvant, Ceux d’ici brosse un tableau effarant et parfois glacial de la société américaine. À envisager avec un excellent verre de whisky. Voire une bouteille fraîchement ouverte.

 

 

 

Jonathan Dee, trad. Elisabeth Peelaert — Ceux d’ici — Editions Plon — 9782259263344 – 21,90 €


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