La dernière frontière : l'Odyssée d'un village indien

Mimiche - 04.12.2014

Livre - Indiens d'Amérique - Etats-Unis - minorité ethnique


Juillet 1878. Oklahoma. Dans la réserve où ils ont été rassemblés, déracinés de leurs collines boisées du Nord, un village Cheyenne de quelque trois cent âmes se désespère d'une chaleur trop torride, d'une alimentation insuffisante, d'une impossibilité de se nourrir comme ils le faisaient autrefois avant l'arrivée des blancs qui les ont spoliés de leur pays et des ressources que la nature mettait jusqu'alors si généreusement à leur disposition pour la satisfaction de leurs besoins. Des besoins simples mais fondamentaux pour vivre.

 

Là, dans la réserve où l'agent des Affaires Indiennes n'a même plus de quoi leur donner à manger, c'est dans une prison qu'ils sont confinés, contraints de rester là car des accords iniques ont réduit à néant leurs facultés de mouvement, leur liberté de déplacement, l'autonomie ancestrale qui faisant d'eux les vrais propriétaires de ce pays qui les faisait vivre.

 

Aussi, quand l'agent des Affaires Indiennes menace de jeter en prison une dizaine de guerriers jusqu'à ce que les trois fuyards qu'un témoin aurait vu s'évader de la réserve, les chefs s'indignent, refusent et, au bout du compte, prennent la décision de ramener leur peuple vers les accueillantes terres du Nord qui les nourrissaient autrefois .

 

Sauf que la loi de Blancs leur interdit de sortir de la réserve. Et que, impuissant à les retenir seul, l'agent des Affaires Indiennes décide d'informer et de faire appel à l'armée.

 

Laquelle, selon un schéma multi-millénaire, va faire dans la dentelle !

 

 

 

Ce livre est l'histoire vraie d'une tribu d'indiens qui va mystifier tout au long de centaines de kilomètres d'une poursuite improbable, l'armée des tout jeunes Etats Unis d'Amérique. Trois cent indiens, dont plus des deux tiers d'enfants, de femmes et d'anciens, vont traverser les plaines de l'Ouest pour aller retrouver leurs Black Hills sacrées.

 

A leurs trousses, plusieurs régiments de tuniques bleues, des milliers d'hommes en tout, des canons, des fantassins, des cavaliers dont les mouvements d'encerclement ou les attaques seront déjouées par un peuple tout entier tourné vers ce qu'il considère comme sa seule option de survie, par des cavaliers fantastiques qui montent des poneys éclatants de vivacité, par des femmes et des enfants dont la résistance physique est tout simplement phénoménale, par des guerriers vaillants, courageux, indomptables, entièrement attachés à la protection des leurs dans leur incroyable périple de retour sur leurs terres natales.

 

On ne peut plus regarder la conquête des Etats Unis avec les mêmes yeux quand on a tourné la dernière page de ce livre.

 

Certes, sous couvert de la narration d'un incident de la taille d'un mouvement d'aile de papillon aux conséquences d'une immense tornade, Homard FAST instruit exclusivement à charge par le ton de son récit.

 

Certes.

 

Mais le massacre de la moitié de la tribu reste un acte peu honorable et si seulement la moitié devait être vraie, l'épisode n'en demeurerait pas plus glorieux. La loi derrière laquelle se cachent des personnages qui ne la respectent pas n'avait pas de sens pour un peuple qui ne vivait qu'au rythme des saisons et de leurs contraintes.

 

Du plus haut au plus bas de la hiérarchie militaire, rares sont ceux qui ne brillent pas par leur bêtise, leur ignorance crasse, leur ambition démesurée, leur orgueil imbécile, leur barbarie ignoble.

 

Il est à craindre que rien n'ai changé sous le soleil de satan. Quand les agriculteurs malmènent des ragondins à coups de pieds sur la place de Nantes, quand les hordes moyenâgeuses violent au nom de Dieu des femmes éprises de liberté, quand des êtres qui n'ont rien humains terrorisent des populations par la violence et l'oppression, quand l'entreprise est le lieu de féroces empoignades, il n'y a pas de quoi être serein quant à la capacité de la race humaine à avancer vers des lendemains qui chantent.

 

Dans son avant-propos, Howard FAST dit des Cheyennes qu'ils « s'entretuaient quelque fois pour de motifs aussi futiles que ceux des Blancs » ! Il aurait dû rajouter « des Noirs, des Marrons, des Verts, des Jaunes, ou des Bleus ».

 

Rien n'a changé.

 

Ce livre est magnifique.