Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La disparition de Jim Sullivan ou le roman américain de Tanguy Viel

Mimiche - 20.06.2013

Livre - roman américain - pastiche - adultère


L'histoire est simple.

 

Dwayne Koster est en planque devant la baraque où habite son ex-femme, Suzan Fraser. Sur la banquette avant de sa vieille Dodge dans laquelle il rumine son aigreur, il y a une bouteille de whisky déjà passablement entamée qui ajoute à son animosité à l'égard d'Alex Dennis, le bellâtre que Suzan a finalement mis à sa place dans sa vie.

 

C'est vrai qu'il n'aurait pas dû laisser advenir cette aventure avec Milly. Aventure qui était arrivée aux oreilles de Suzan - laquelle ne l'avait pas bien pris du tout - et qui l'avait conduite à le jeter dehors de chez lui. Alors qu'elle même n'était pas exempte de tout reproche quant à sa conception de la fidélité conjugale. Ceci expliquant peut être cela.

 

Le début d'une longue descente aux enfers pour lui, Dwayne Koster, autrefois professeur de littérature à l'Université du Michigan, poste qu'il avait scrupuleusement occupé pendant vingt ans dans son costume chemise cravate impeccables, qui avait progressivement sombré malgré (ou à cause de) la sollicitude de Milly puis finalement celle de Matthews, son oncle par alliance, qui l'a sorti d'un mauvais pas pour le mettre dans un pas bien pire encore.

 

Si, si ! Je vous assure. L'histoire est simple.

 

La seule chose peut être un peu compliquée pourrait être l'explication de la disparition du chanteur compositeur Jim Sullivan dans une région du Nouveau Mexique particulièrement connue pour les évènements U.F.O. (O.V.N.I. si vous préférez) qui y sont recensés. Et Dwayne Koster est un vrai fan de Jim Sullivan.

 

 

Moi, ce bouquin m'a totalement transporté. Je l'ai lu d'une traite, sans respirer, totalement subjugué par ce récit complètement décalé d'une histoire qui ne l'est pas moins.

 

Tanguy VIEL a fait le pari de nous raconter le livre qu'il a écrit et dont l'ouvrage que tout un chacun peut tenir entre ses mains n'est pas la complète transcription mais juste le résumé et quelques mots de sa genèse. Des compléments qui permettent de comprendre comment le vrai livre, que le lecteur ne pourra jamais lire, a été écrit, conçu, préparé avec forces fiches permettant le cadrage des situations, des évènements ou tout simplement le profil psychologique de chacun des personnages.

 

C'est là où j'ai ressenti toute la finesse de l'écriture de Tanguy VIEL qui ne nous donne à consommer que des bribes d'une histoire résumée (et donc forcément incomplète) mais dont, au final, ses digressions sur sa stratégie narrative, les a priori de sa conception du roman américain, des personnages, de leurs noms, de leur psychologie, des stéréotypes qu'ils sont sensés représenter, de leurs comportements tellement prévisibles, font que rien n'a pu nous échapper.

 

Toute l'histoire, ses attendus, son contexte, sont d'une précision tellement millimétrique qu'aucune ombre ne subsiste quant à l'état de Dwayne quand il est précisé que la « bouteille de whisky sur le siège du passager, (…) n'était plus pleine depuis longtemps » ou, plus tard, quand ce dernier garde assez de lucidité, en regardant Milly, tellement plus jeune que lui, « pour savoir qu'ils ne pourraient pas chuter ensemble indéfiniment ».

 

De superbes ellipses qui en disent bien plus long qu'un texte plus complet, plus élaboré. Une histoire merveilleusement suggérée. Qui laisse à l'imagination toute la place pour faire son chemin.

 

J'ai été surpris et conquis.