La faux soyeuse : sale temps pour un criquet !

Cécile Pellerin - 07.11.2016

Livre - Littérature française - drogue - roman noir


Soyez prêt ! Ce roman est une plongée radicale dans les profondeurs d'un corps et d'une âme, dévastés par la drogue, défigurés par le manque et la dépendance, la maladie, englués dans la crasse et la pestilence, pétrifiés par la peur et l'angoisse et dont la vie s'échappe sans douceur.

 

Irrespirable par moments, oppressant et sordide, intensément noir et douloureusement tragique, l’histoire laisse peu de répit au lecteur, happé dès les premières phrases par une ambiance de mort imminente et atroce, imprégnée d'odeurs de puanteur, constantes et pénétrantes.

 

Témoin impuissant et incommodé, presque voyeur, d'une lente et cruelle agonie de plus de 300 pages, le lecteur ne renonce pourtant pas. Cerné par la mort du héros, il est maintenu en haleine et accompagne son personnage, retrace son existence chaotique à travers des souvenirs désordonnés  mais qu'une construction subtile préserve de la déroute et intensifie.

 

 

D'une expérience sans doute vécue naît ainsi un formidable roman, singulier, à vif, crû et éprouvant. Sans futur. Et si, par moments, il laisse démuni, esquinté, abattu, sa puissance poétique, son rythme tendu, sa beauté brute soulèvent suffisamment d'émotions et d'énergie pour être conquis et ne pas lâcher le personnage, fragile et attachant, au-delà de sa déchéance, de sa violence, de sa marginalité et de sa démence.

 

Septembre 1999, Franck va mourir. Abandonné, en souffrance et dans peu de temps. Seul dans son studio délabré et crasseux, au cœur d’une cité glauque, en proie au manque insoutenable d’une dose de came et rongé par le sida, il se raccroche au passé pour éloigner, tant qu’il en a la force, la mort pressante.

 

« J’ai semé la violence et la mort tout autour de moi.

J’ai brisé des vies, volé, frappé, détruit et abîmé. »

 

Condamné à l’immédiat, dépossédé d’avenir depuis l’enfance, le narrateur se souvient, au fil des souvenirs que sa mémoire a sélectionnés. Ni successifs ni ordonnés, ils rendent compte de la banlieue des années 70-80, proches de Paris, d’une certaine fatalité à laquelle il est difficile d’échapper, des événements qui se succèdent, souvent dramatiques, répétés pour enfermer, condamner à l’exclusion. Par bribes, il dépeint avec un réalisme acéré, la jeunesse sans repères, dépourvue de toute autorité parentale, familière de la brutalité d’un père, de l’ivresse d’une mère, en mal d’amour et de confort et qui, pour échapper à l’horreur quotidienne, dérive vers la drogue.

 

«  Nous étions destinés à nous perdre et mourir. »

 

De l’engrenage (vol, violence, folie, solitude…) auquel chaque drogué est confronté pour échapper au manque effroyable et assassin, du sida dont on ne sait rien ou presque mais qui tue en nombre, de la perte de dignité et d’humanité, des trafics et du deal, des histoires d’amour qui finissent toujours mal,  l’auteur n’omet rien, précis et pénétrant.

 

Une immersion quasi-physique dans la peau d’un drogué. Le lecteur est là, imprégné par les descriptions, en réelle souffrance, presque à ressentir chaque douleur, chaque sensation, chaque odeur.  

 

Ainsi des vomissures, des diarrhées que le corps relâche sans retenue, des veines qui n’en peuvent plus des sévices, des tremblements continus, des cris de douleurs, des angoisses de mort, de cette dépossession de soi-même, l’auteur n’épargne rien au lecteur (presque nauséeux) et plus que l’intrigue (finalement simple) ou les rebondissements (peu nombreux), c’est de l’intérieur du personnage que naissent les tensions les plus saisissantes.

 

Et l’écriture sèche et acérée, impitoyable, accélère le palpitant et laisse, au final, ébranlé mais fasciné.  


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : policier &...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782070144938

La faux soyeuse

de Eric Maravélias

"Ce n’est pas facile de décrire avec de simples mots, même en ayant du vocabulaire, les expériences extrêmes. Hors du commun. D’en faire saisir l’intensité à ceux qui ne les ont pas vécues. Comme il est dur d’accorder foi au récit d’autrui sans aller voir par soi-même de quoi il retourne. Il n’y a guère que les enfants pour aller foutre les doigts dans la prise bien qu’on leur ait répété mille fois que ça faisait mal. Mais l’homme est un éternel enfant."

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