la femme du métro : brève rencontre pour un amour impossible

Mimiche - 01.10.2014

Livre - Athènes - métro - histoire d'amour


Koulà, mariée, deux enfants, la quarantaine, travaille comme comptable dans un service des impôts à Athènes et prend tous les soirs le métro pour rentrer chez elle.

 

Mimís, célibataire, une grosse vingtaine, habite encore chez ses parents, étudie l'électronique à l'Université et prend le métro tous les soirs pour rentrer chez lui après les cours.

 

Tous les deux utilisent la même ligne de métro. Aux mêmes horaires.

 

C'est lui qui monte le premier dans la voiture de tête, en tête de ligne. Puis c'est elle, quelques stations plus loin. Lui a toujours une place assise disponible car la rame est peu occupée quand il s'y installe. Elle, doit rester debout un moment avant de pouvoir s'asseoir, généralement en face de lui. En essayant de ne pas se toucher les genoux.

 

Sans ostentation, l'un comme l'autre s'épient, s'étudient, s'observent, se regardent en coin. Pendant une vingtaine de minutes. Jusqu'à ce qu'il descende le premier. Elle, continue alors seule jusqu'au bout de la ligne. Jusque chez elle.

 

Jusqu'au jour où ils ont commencé à échanger des banalités. Des mots sans intérêt mais qui font que, tout d'un coup, on n'est plus des étrangers l'un pour l'autre, qu'une certaine intimité s'installe au milieu de la foule. Qui va permettre au fil des jours, de lier plus ample connaissance, d'installer une certaine complicité.

 

Et plus si affinité.

 

Dans la postface qu'il a écrite après avoir traduit l'ouvrage de Ménis KOUMANDARÉAS, Michel Volkovitch écrit : « La Femme du Métro est un de ces livres touchés par la grâce qui ont trouvé précisément la distance et le ton juste, et dont la limpidité apparente cache la richesse et la complexité (…) Cette prose nous envoûte par sa musique (…) L'auteur a trouvé la respiration qu'il fallait (…) ».

 

J'aurais aimé écrire ces mots avant lui.

 

Car il a touché en plein dans le mille.

 

 

 

Alors que ce texte frise avec le minimaliste, ressemble à une grosse nouvelle, il ouvre sur des milliers de regards, d'effleurements de la pensée, de secondes d'attente, de tours de roues d'espérances, de moments de solitude et de réflexion introspective.

 

 

 

Le métro, « troisième personnage du livre », ne semble filer que dans un seul sens, celui du retour. Jamais celui de l'aller. Avec ses foules indifférentes, ses portes qui s'ouvrent et qui se ferment, ses places occupées puis libérées, il est un monde à lui tout seul, indépendant de toute l'autre vie qu'il traverse entre deux paysages vus et revus, toujours différents, souvent indifférents.

 

 

 

Koulà et Mimís, dans une relation ambiguë du début de l'âge adulte et du cœur de l'âge mûr, se rencontrent dans un espace second, dans une sorte de monde rendu parallèle par le métro, où les codes sont déplacés et rendent possible le réprouvé.

 

 

 

Prenez une heure pour lire ce petit bijou.