La ferme : "Ta mère ne va pas bien…"

Cécile Pellerin - 03.11.2014

Livre - roman policier - folie - paranoïa


A l'instar des nouveaux films, certains livres sont annoncés par un "teaser" (aguiche) sur le site de l'éditeur et celui de la "Ferme", le nouveau thriller de Tom Rob Smith (Enfant 44, Kolyma, Agent 6) a parfaitement bien fonctionné. Aussitôt vu, il a fait naître le désir de lecture, conçu comme une véritable bande-annonce de film, palpitante et inquiétante, très séduisante. Si la lecture n'a pas complètement répondu à cette attente, elle reste néanmoins, dans son ensemble, captivante et assez constante, sauf peut-être la dernière partie, plus intense et mouvementée.

 

Le narrateur habite à Londres. Ses parents, dont la mère est Suédoise, ont décidé de s'installer en Suède pour profiter de leur retraite et ont acheté une vieille ferme. Un appel de son père lui informe que sa mère va mal, qu'elle a été internée dans un hôpital psychiatrique. Peu de temps après, un autre appel. Cette fois, c'est sa mère.  Totalement effrayée. Les médecins l'ont laissée partir. Elle n'est pas folle. C'est un complot contre elle, une tentative pour l'empêcher de révéler certains crimes commis. Elle arrive à  l'aéroport de Londres, vieillie et amaigrie, retrouve son fils et dévoile SA vérité.

 

Au fil de son récit, qui constitue, la majeure partie du livre, Tilda (la mère) raconte tous les événements, les personnages (dont son mari) qui ont conduit à sa fuite, avec précision et conviction, sans jamais vraiment troubler la compréhension du lecteur ou du narrateur. L'histoire emprunte un ordre chronologique, avance lentement et chaque détail délivré intensifie le rythme, donne envie d'en savoir plus, place effectivement le lecteur en un état d'impatience, d'excitation et de vague angoisse également car il redoute un drame, une horreur à venir.

 

L'intrigue, constituée par ce récit exclusif, s'amplifie à mesure que son fils l'interroge et que son mari, après plusieurs appels téléphoniques, décide de les rejoindre à Londres. Tilda se sent menacée, le lecteur aussi. Au fil des révélations, des doutes et un sentiment d'égarement inconfortable se manifestent chez le lecteur ; il se sent vaciller du roman policier vers le roman psychologique,  plus âpre et dérangeant, entre paranoïa et mythomanie.

 

Dans la dernière partie, qui met en scène le fils, pénètre les secrets de famille et les contes populaires, révèle des traumatismes anciens, prépare le dénouement, le rythme s'accélère, les genres fusionnent, mais sans réel rebondissement ni surprise déroutante. Finalement le suspense initial fond sans grand effet et laisse le lecteur légèrement insatisfait jusqu'à ce qu'il ne découvre la note de l'auteur en fin de roman et revoie alors son jugement, frappé d'étonnement et d'une vive émotion.

 

Un récit saisissant lorsqu'il relate la réalité familiale douloureuse, plus inégal dans le développement de l'intrigue policière et du suspense, maintenu dans une lecture fluide d'un style assez ordinaire, mais très visuel.

 

De quoi passer un bon moment, ressentir quelques sensations fortes facilement  et sans ennui.