La fiancée de Bombay, de Julia Gregson

Clément Solym - 19.07.2011

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A l’approche de l’été, voici un roman idéal pour les vacances. En quête d’exotisme, d’aventure, de romantisme et d’émotions, de suspense aussi, ce livre est fait pour vous.

Une comédie romantique (lauréate 2009 du Romantic Novel of the Year) passionnante et intrigante, sans excès de mièvrerie ou de sentimentalité bon marché. Certes, on frémit, on palpite, on pleure (presque), on s’agace quand même un peu parfois (mais si peu) mais, surtout, on se détend et, en définitive, on savoure une lecture vraiment agréable. Un authentique moment de plaisir, bienfaisant et coloré qui facilite l’évasion et la rêverie, si opportun en période de crise et de marasme. Aussi, n’hésitez plus, faites fi de vos préjugés sur le roman sentimental et plongez avec délice dans l’Inde britannique des années 1930.

Octobre 1928, Viva, Rose et Victoria, trois jeunes anglaises embarquent à bord du Kaiser-I-Hind pour rejoindre Bombay en deux semaines. Cette croisière, qui lance l’aventure, révèle peu à peu les personnalités des trois jeunes femmes et présente également les rôles secondaires qui accompagneront les héroïnes dans leur apprentissage de la vie. La vie à bord, les rencontres fortuites, les amusements réservés aux plus riches, l’univers clos qui engendre une promiscuité détestable ou prometteuse, la mixité des cultures ou l’escale à Port-Saïd relatent efficacement une ambiance au charme suranné, alloué d’une pointe de regrets.

Viva a déjà séjourné en Inde et part à la quête de souvenirs sur sa famille, entièrement disparue là-bas. L’occasion pour elle de fuir une existence qui ne la comble pas et espérer (en secret) devenir écrivain. Pour financer son voyage, elle est chargée d’accompagner un adolescent perturbé mentalement, Guy Glover et deux jeunes femmes, Tor et Rose. Elle est sans doute le personnage le plus lumineux de ce roman.

Elle est une femme moderne pour l’époque, libre et indépendante, voire farouche mais foncièrement honnête et hautement désirable même si elle l’ignore ou se défend de l’être pour ne plus souffrir. Vient ensuite Tor, qui accompagne sa meilleure amie Rose, promise à un militaire anglais qu’elle connait à peine. Elle compte sur ce voyage pour trouver un mari car elle en assez de sa vie ennuyeuse et cherche surtout à fuir une mère dure et peu aimante. Elle est la plus légère des trois, celle qui brûle la vie (à ses dépens) mais ose s’opposer aux principes d’éducation de sa mère et n’accepte pas le statut de femme soumise. Elle incarne l’émancipation et sa spontanéité, sa détermination à exister en tant que femme libre la rend belle et digne d’être aimée.

Rose, quant à elle, est innocente, ne sait rien de la vie et va épouser un homme dans un pays dont elle ignore tout. Sa naïveté en matière de sexualité notamment provoque d’ailleurs quelque amusement à la lecture (la découverte de l’éponge anticonceptionnelle, par exemple) mais sans excès, toute pudeur gardée, dans le respect du genre littéraire affiché. Son acclimatation au pays et à sa destinée seront douloureuses mais elle se révélera être une femme plus forte qu’il n’y parait, très courageuse.

Ainsi donc, trois portraits de femmes exaltées pour une lecture enthousiasmante, et terriblement romantique.


En filigrane des aventures sentimentales de nos trois héroïnes, se dessine discrètement un contexte historique en pleine mutation qui donne de la force au récit, une profondeur et une réalité affirmées. Le Raj britannique est en passe de s’effondrer, des extrémistes prônent la rébellion et en même temps, Gandhi commence à rassembler le peuple inquiet. Ce contexte historique entraîne également la transformation des êtres, les fait mûrir et s’ouvrir au monde.

L’auteur maitrise l’ambiance qu’elle dépeint. On s’y croirait. On ressent l’attachement sincère au pays et la volonté de présenter un peuple doux et souriant avant tout, empreint d’humilité. Si parfois le lecteur est agacé par le ton légèrement condescendant de quelques personnages, l’univers superficiel et snob au sein duquel s’agitent ses héroïnes (par exemple, le côté futile et insolent des journées de pure régression), l’auteur sait aussi s’attacher à décrire avec sensibilité la société indienne et excelle dans l’art de dépeindre les odeurs, les sensations d’une ville grouillante et colorée.

Il ne faut pas chercher de parti pris ni d’engagement politique dans ce roman ; il n’y a pas de message à interpréter ; le lecteur n’est pas là non plus pour relever l’injustice qui pouvait régner sous le Raj britannique et combattre le système colonialiste. Non ! Le lecteur est juste là pour se détendre. Rappelons-le, c’est une romance avant tout, à lire comme telle.

La seule véritable déception du roman (si l’on est fan du genre) reste l’intrigue autour du jeune Guy Glover et l’impression d’inachevé qui en découle. Sinon, les émotions foisonnent et détonnent, enchantent le lecteur (plutôt la lectrice, c’est certain !) qui vibre au fil des pages. Ce roman saura vous emporter loin de vos préoccupations (estivales ou non). Une réjouissance qu’il serait dommage de laisser passer, en vacances ou pas, d’ailleurs.

(Traduit de l’anglais par Catherine Ludet)

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