La fille avec une robe à pois

Clément Solym - 27.08.2012

Livre - La fille avec la robe à p - Beryl Bainbridge - Christian Bourgeois


A la descente de l'avion qu'elle a pris à Heathrow, Rose retrouve, dans le hall de l'aéroport de Baltimore, Harold Washington avec lequel elle a correspondu pendant quelque temps avant d'entreprendre ce voyage pour lequel ils se sont mis d'accord tous les deux.

 

Chacun avec ses motivations, ils vont partir à la rencontre du docteur Wheeler auquel Rose est reconnaissante de l'aide qu'il lui a apportée alors que Harold a des objectifs beaucoup plus sombres à l'égard de cet homme auquel il semble que la disparition de Dollie, son amie, ne soit pas étrangère.

 

Comme leurs motivations, tout ce qu'est Rose est aux antipodes de ce qu'est Harold et leur voyage dans ce magnifique camping-car (pas une camionnette !) que Harold a acheté, dont il est si fier et qui indiffère Rose, va être le témoin des frictions inéluctables que de telles divergences ne peuvent pas manquer de faire naître.

 

Cependant, le docteur Wheeler semble ne pas vouloir se laisser rejoindre et, à chaque lieu où il est passé, où il a laissé une trace, où une indication de son séjour a été confirmée à Rose et Harold, où ils espèrent enfin le retrouver, parfois avant même qu'ils y soient parvenus, une nouvelle destination leur est donnée vers laquelle, étape après étape, traversant une Amérique que cette anglaise de pauvre souche ne comprend pas, ils vont poursuivre sa piste.

 

Une piste qui semble suivre celle du sénateur Bob Kennedy alors en campagne électorale quand la mort de Martin Luther King fait encore la Une dans les médias. Une piste, une quête ! De quoi ? Beryl Bainbridge n'a pas eu le temps de terminer complètement ce livre : à presque quatre vingt ans, la vie ne le lui a pas laissé. Mais seule la chute aurait mérité un peu de travail de finition pour qu'elle soit totalement à la hauteur du reste du récit. Son éditeur a donc pris la décision de nous livrer cette histoire en l'état. 

 

Et c'est une très bonne chose car c'est une histoire superbe que nous raconte Beryl Bainbridge. Superbe alors qu'elle ne dévoile rien. D'où vient Rose ? Qui est Harold ? Que fait Wheeler ? Tout n'est qu'ombres chinoises que projette un road-movie ponctué de rencontres aussi diverses qu'il est possible de l'imaginer. Même les quelques bribes, les quelques touches légères, les quelques anecdotes qui parsèment les étapes du voyage et laissent espérer entrevoir de révélations, des éclaircissements, ne contribuent, en fait, qu'à l'épaisseur, voire à l'apparition, de nouveaux mystères.

 

Mais ce n'est pas un handicap pour le lecteur ! En découvrant par la fenêtre du camping-car des paysages que Rose ne regarde pas, il a ainsi tout loisir pour s'inventer toutes les histoires que Rose et Harold gardent scellées au fond d'eux mêmes, des histoires qu'ils n'échangent pas, enfermés chacun dans son obsession de retrouver cet homme qui, comme les mirages, s'éloigne toujours plus quand on pense l'approcher.

 

Seules sont évidentes leurs différences, leurs oppositions qui rendent leur cohabitation parfois difficile sinon électrique. A mille lieux l'un de l'autre, seul Wheeler les rassemble dans ce camping-car qui les mène d'un bout à l'autre du pays. C'est obsédant comme peut l'être un rêve qui rate toujours son but pourtant si proche mais que jamais il n'atteint, laissant le goût amer de la nécessité de poursuivre, de recommencer encore et encore.

 

Ce livre fonctionne ainsi. Il est prenant, captivant, obsédant jusqu'à un point final qui laisse aussi désemparé que l'ultime tentative du rêve qui ne se terminerait que par un réveil en sursaut brutal et évidemment insatisfait !