La fille qui avait bu la lune : un merveilleux conte

Laure Besnier - 09.11.2017

Livre - Roman rentrée 2017 - Kelly Barnhill - Roman jeunesse rentree


La fille qui avait bu la lune de Kelly Barnhill, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville et publié aux éditions Anne Carrière, est incontestablement un excellent roman jeunesse. Un remarquable must-read. À la fois enchanteur et profond, l’ouvrage plonge le lecteur dans un univers poétique, de fantasy, qui résonne dans l’imagination longtemps après la lecture.

 



Un conte fantasy

La fille qui avait bu la lune a tout d’un conte merveilleux, d’un ouvrage de fantasy et d’un roman dystopique. Le Protectorat est une cité maussade, parfois appelée « Cité du Chagrin », située entre une forêt menaçante et un grand marais. Les tristes habitants vivent du marécage dans lequel ils récoltent des plantes. Ils en font commerce avec les Cités Franches, par-delà la forêt, accessible seulement par la Route, elle aussi très dangeureuse.
 

Chaque année, les habitants doivent sacrifier le ou la plus jeune des leurs à la Sorcière, en l’abandonnant dans la forêt, persuadés que cet acte achètera leur protection. La cérémonie du Sacrifice est réalisée par les Anciens, un groupe d’hommes très riches, possédant le village et contrôlant l’accès à la Route. Cette organisation est encadrée par les Soeurs de l’Etoile, une mystérieuse armée de femmes. 
 

Dans la forêt vit une sorcière. Chaque année, elle se retrouve dans la même incompréhension. Les habitants du Protectorat ne semblent pas vouloir de leurs nouveaux-nés. Alors, chaque année, la sorcière doit récupérer l’enfant, le sauver, et le faire adopter par une famille aimante des Cités Franches.
 

Cette année-là, le Sacrifice ne se déroule pas tout à fait comme d’habitude. La mère refuse de d’abandonner son enfant, mais elle est vite maîtrisée et enfermée. Pour la première fois, Antain, un jeune Novice, apprenti-Ancien, doit participer à l’abandon de l’enfant dans la forêt. Il en restera marqué à vie. Un peu plus tard, la Sorcière vient chercher le bébé. Elle tombe sous son charme, et dans un étrange concours de circonstances – que l’on vous conseille fortement de découvrir -, elle découvre que le nourisson est magique. Il possèdera tous ses pouvoirs à l’âge de 13 ans. En attendant, la Sorcière l’adopte, elle amène chez elle cette petite fille qu’elle nommera Luna, et qui grandira entourée d’une nouvelle famille.

Des personnages et un univers attachant 
 

Le lecteur est complètement happé par l’univers merveilleux de l’ouvrage écrit dans un joli style délié et poétique, très imagé. En plus du décor, une joyeuse et attachante galerie de personnages incarnent cette sorte d’épopée de fantasy : un monstre poétique, un dragon « attachiant », une sorcière qui fait souvent l’autruche, un jeune homme torturé et amoureux, un très antipathique Ancien et encore bien d’autres vilains...
 

Le monde imaginé par l’auteure est entièrement cohérent : le lecteur découvre ses origines au fur et à mesure. Chacun des personnages, dans la forêt et dans le Protectorat essaye, à sa manière, de découvrir ce qui lui arrive ou ce qui est arrivé à la Cité. S’installe un certain suspens qui achève de plonger le lecteur dans La fille qui avait bu la lune.

Une hâte de connaître l’issue de l’histoire qui peut pourtant vite se transformer en déception : on aurait aimé que le livre se prolonge dans une sorte de série à la manière d’Harry Potter. Bien que le registre de l’ouvrage soit différent de ce genre de série, le lecteur ne peut s’empêcher d’y penser, tant l’attachement à l’univers imaginaire de l’auteur, ainsi que sa crédibilité, sont les mêmes.

Une certaine profondeur
 

Enfin, le livre n’est jamais risible même s’il est parfois plein d’humour. Il est possible de le considérer comme une sorte de roman d’apprentissage, ou de découverte, au fur et à mesure que Luna ou encore Antain grandissent et se posent des questions, chacun à la recherche d’une vérité. Les thèmes abordés par La fille qui avait bu la lune sont innombrables : la famille, l’adoption, les origines, l’amour, l’amitié, le bonheur, la tristesse…

Tout cela donne un sens profond ainsi qu’une certaine poésie à l’ouvrage et, par conséquent, le lecteur le prend toujours au sérieux. En résumé un ouvrage que l’on vous suggère très fortement, donc.
 

Kelly Barnhill – La fille qui avait bu la lune – trad. Marie de Prémonville - éditions Anne Carrière - 9782843378768 – 20 €