La fin du monde a du retard : le récit joyeux de J.M. Erre

Mimiche - 18.12.2014

Livre - Humour - asile psychiatrique - amnésie


Julius est arrivé tout seul à la clinique psychiatrique. Personnes pour l'accompagner. Le trou noir. Une amnésie taille XXL. La seule chose qui le préoccupe, c'est de se battre contre ceux qui occultent la vérité, la transforment et font tout leur possible pour décrédibiliser ceux qui, comme lui, ont tout compris et s'engagent contre cet empire qui a fait du complot sa stratégie pour contrôler psychiquement le monde entier.

 

Alice, elle, avant d'arriver à la même clinique, a fait un séjour à l'hôpital pour y soigner les blessures qui ont résulté de l'effroyable accident survenu au beau milieu de son mariage. Accident dont elle est la seule survivante. Mais pas indemne. Si les deux cent quarante et quelques invités sont tous trépassés à cette occasion –une énorme explosion – elle en a conservé une amnésie de la même taille que celle de Julius et, en plus, une disparition totale de tout sentiment. Peur, joie, amour, désormais ne font plus partie de son répertoire.

 

Julius, qui est logé dans une chambre à proximité de celle d'Alice, n'est pas totalement indifférent au charme de la belle Alice. Même s'il s'en défend ! Car s'encombrer de sentiments n'est pas bon pour un héros destiné à rendre au monde toute sa pleine conscience en jetant à bas Tirésias, l'entreprise qui plie l'humanité sous sa volonté et sous sa mystification.

 

Et justement, Julius a choisi le jour de la fête organisée par le Directeur de la clinique pour s'en évader afin de s'engager dans son grand œuvre, dans sa quête qui va le conduire à terrasser l'ennemi, le grand comploteur. Qui va faire de lui une sorte de sauveur de l'Humanité.

 

Et, dans le fond, si cela peut amener Alice à retrouver le chemin des sentiments - à son profit exclusif, cela va sans dire – ce ne serait pas une occasion à laisser passer. On peut être un Héros, on n'en est pas moins homme !

 

 

 

Ce bouquin est désopilant !

 

Rectification ! Vous n'allez pas vous taper les fesses par terre à chaque fois que vous allez tourner une page ou commencer un chapitre mais il n'est pas un instant où l'occasion de sourire d'un bon mot, d'une situation ubuesque, d'une réflexion décalée, d'une image saugrenue, d'un aparté plein de finesse, d'un jeux de mots improbable, d'une considération politique, philosophique ou simplement quotidienne sortie de son contexte et de ce fait désarmante !

 

Ce n'est pas de la franche rigolade, c'est un humour constant et parfois ravageur qui autorise J.M. ERRE à promener ses deux personnages dans une quête doublée d'une enquête policière rondement menées.

 

N'allez pas croire pour autant à la légèreté de l'ouvrage ! Sous ses airs manquant de sérieux, c'est l'allégorie de la caverne de Platon qui mène les débats : le complot en devient d'une évidence irréfutable. Ce qui n'est pas vu est forcément caché. Par quelqu'un !


 

Et sous ce couvert léger et bien peu sérieux, ce sont quelques belles réflexions qui sont jetées en pâture au lecteur qui, attentif à la boutade, ne restera pas indifférent à quelques vérités bien assénées ! Mais comme c'est fait avec le sourire, c'est tout de suite bien plus digeste.

 

Il faut avouer que, quand on part du postulat « La naissance de la littérature se fait donc sur ce projet : mentir », il est difficile de s'engager dans autre chose qu'une belle comédie. Alors, l'auteur joue avec le lecteur autant qu'il lui parle, le cajole et le mène par le bout du nez dans une folle sarabande qui finit comme un tête-à-queue ! Prêt à recommencer.

 

En tous cas, il ne faut pas croire que les cavistes ne savent pas parler d'autre chose que de leur vin ! Merci à vous , Martin, de m'avoir conseillé cette lecture au moins autant anti-stress que le Grès de Montpellier qui l'accompagnait.

 

A mettre absolument entre toutes les mains (pas le Grès, le livre !).