La Flamme chantante : récit poétique vers l'inconnu

Xavier S. Thomann - 14.11.2013

Livre - Clark Ashton Smith - Fantasy - Lovecraft


Actes Sud propose une traduction de la Flamme chantante de Clark Ashton Smith, ce qui est une très bonne nouvelle. Le travail de traduction de Joachim Zemmour est en tout point remarquable et rend parfaitement la grande beauté de la langue de l'auteur américain. La Flamme chantante se compose de deux textes. Le premier est le journal de Giles Angarth. Le second est le récit de destinataire du journal, Philip Hastane, qui va partir sur les traces de son ami. 

 

Angarth se trouve dans un lieu dénommé Crater Ridge ; il passe du temps retiré du monde dans une petite cabane. Au cours de l'une de ses promenades, il va tomber sur un portail spatio-temporel qui va le mener dans une cité étrange et éblouissante. Au centre de cet univers parallèle : la flamme chantante. Celle-ci attire à elle tous les êtres qui se trouvent en ce lieu, Angarth compris, au son d'une musique irrésistible « à en briser les âmes. » 

 

Dans son journal, il prend soin de décrire toute la beauté de cet autre monde. L'auteur déploie tous ses talents de poète pour nous rendre la description précise et vivante, que ce soit pour l'architecture des lieux ou les habitants et les voyageurs de ces lieux. Pour ce qui est des créatures : « Leurs corps étaient clairs et luminescents, comme recouverts d'une sorte d'armure, tandis que leurs têtes étaient affublées d'appendices hauts et étrangement recourbés, aux couleurs opalescentes, qui tanguaient au-dessus d'elles telles de fantastiques crêtes, mais étaient probablement des espèces d'antennes ou autre organe sensoriel d'un nouveau genre ». 

 

Quand Hastane découvre le journal de son ami désormais introuvable, il décide de partir à sa recherche et de tenter lui aussi l'expérience de la flamme chantante. Tout comme Angarth, il communique son émerveillement incessant et le sentiment étrange qui le pousse inexorablement vers la flamme. « Je m'attendais à connaître d'exquises secondes d'embrasement, d'immédiate dissolution, avant de sombrer dans l'oubli du néant éternel... »

 

Si l'on a fait de Clark Ashton Smith l'un des fondateurs de la fantasy moderne, au même titre que Lovecraft, on ne saurait réduire ce texte à un seul genre. La flamme chantante n'est pas une simple débauche d'imagination, c'est aussi une méditation onirique et métaphysique. À partir de là, on peut en faire l'interprétation que l'on souhaite. Ce n'est pas faute de pistes à explorer. Quant au style, on se dit que si Julien Gracq avait écrit de la fantasy cela aurait pu ressembler à ça.