La France ?! Regards croisés de quatre jeunes sur leur pays

Clément Solym - 09.12.2010

Livre - france - regards - croises


Ils sont quatre, jeunes actifs, Pol et Ronan Datausse, Bertrand et Vincent Mathieu, et s’ils ont choisi de prendre la plume pour écrire La France ?! – Regards croisés de quatre jeunes sur leur pays, c’est bien moins pour donner la saveur du défaitisme ambiant qui touche l’hexagone que pour :

- proposer un regard décapant sur notre modernité, qu’elle soit médiatique, politique, professionnelle, sociale ou artistique ;

- mettre en avant des idées pour avancer tous ensemble vers une France unie capable de répondre aux attentes d’un monde en perpétuel mouvement;

- pousser chacun d’entre nous à se prendre en main pour avancer, sans se contenter du minimum.

Il s’agit donc de relever la tête, de regarder en face les défis qui incombent à notre pays et donc à chacun des citoyens qui composent cette entité territoriale qu’on nomme l’hexagone.

Prenant à bras le corps les sujets préoccupants de notre société que sont l’économie, la vie politique, le système éducatif, l’aménagement du territoire, l’immigration, le journalisme et j’en passe, cette jeune équipe fait état de ses expériences et, tout en prenant un recul certain, de ses réflexions pour qu’on puisse avancer tous ensemble.


Agés de 25 à 32 ans, ce sont de jeunes actifs qui, dans les mots choisis autant que dans les idées, ont le courage de se montrer ambitieux pour notre pays. Ils dénoncent avec amertume cette frange de notre société qui se contente de peu, envisageant davantage la France comme une mère qui est d’abord là pour les servir.

Bien plus que dans celle des enfants, ces Français s’inscrivent alors dans l’attitude du parfait adolescent à la fois remonté contre des devoirs d’adulte qu’il ne veut pas encore assumer et redevenant un doux agneau cherchant du réconfort dans le giron maternel quand le vent souffle un peu trop fort dehors…

A l’échelle des entreprises françaises (5000 à peine dépassent les 250 employés), une même logique serait finalement opératoire et si notre pays manque cruellement d’un solide réseau de moyennes entreprises, il ne faut pas en chercher les raisons au-delà. Il s’agit d’un manque d’ambition, d’une peur de l’inconnu, d’une satisfaction inscrite dans les minima.

Voici donc un appel signé dans toute la vigueur de la jeunesse à l’attention des citoyens autant que des décideurs qui ont la main sur la direction donnée au pays. Entrecoupé de citations qui font souffler un vent d’ambition, de courage, de rigueur morale, chaque chapitre déroule ses assertions mais aussi ses questions à la fois vives et acérées.


Deux citations peuvent être extraites et, malgré leur caractère universellement connu, je ne résiste pas à vous les redonner car elles constituent la nécessaire équation au sein de laquelle tout individu citoyen doit s’efforcer de s’insérer pour faire avancer de concert le bien-être de l’individu et celui de l’ensemble du corps social.

Donnons la primauté au bénéfice de l’ancienneté avec Virgile, Les Géorgiques : « Labor improbus ominia vincit » (« Un travail opiniâtre vient à bout de tout »). Citation à laquelle je grefferais volontiers cette autre de Baudelaire, qui en savait quelque chose : « Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser », même si le propos relève quelque peu du dandysme…

Et voici l’autre, celle de John Fitzgerald Kennedy, qu’il serait bon de graver une fois pour toute dans le marbre des constitutions de chacune de nos démocraties dites modernes : « So, my fellow Americans, ask not what your country can do for you ; ask what you can do for your country » (« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays »).

Enfin, l’on regrettera cependant que dans certains chapitres de cet essai, écrit dans un style vif et clair, la gauche en prenne pour son grade sans que la pareille se dessine pour la droite. Ceci s’explique sûrement par le fait que deux des quatre auteurs appartiennent à l’UMP. Bien qu’il faille dénoncer haut et fort certaines aberrations de la gauche française, la droite est pourtant loin d’être sans défaut…

Ainsi, pour la gauche, les auteurs relèvent avec justesse l’incohérence des mentalités politiques de notre pays qui fait que l’on peut voir au gouvernement le Parti socialiste s’allier avec l’extrême gauche sans que cela ne choque personne, alors que si la droite faisait de même, tout le pays serait dans la rue.

N’oublions tout de même pas que les partis d’extrême gauche ne proposent rien moins que de faire la révolution, ce qui n’est, entre nous soit dit, pas très démocratique comme intention ! Peut-être apprécions-nous les extrêmes de l’échiquier politique à l’aulne de notre éloignement géographique par rapport aux populations qui ont eu à les subir et à ce titre, l’Allemagne est notre voisin et la Russie nous paraît nettement plus éloignée…

Les décalages de style entre certains chapitres donnent également du rythme à cet essai et témoignent de la volonté des auteurs de croiser leur vision et de respecter le style des autres sans chercher à gommer tous les désaccords par la recherche d’un consensus mou.


La France ?! – Regards croisés de quatre jeunes sur leur pays, de Pol et Ronan Datausse, Bertrand et Vincent Mathieu est édité aux éditions Persée (235 pages, 18,50 €).

L’ouvrage est disponible aussi bien en version papier qu’en version e-book (12,95 € dans ce dernier cas).