La grande mer, Olivier Deck

Clément Solym - 13.08.2009

Livre - grande - mer - Olivier


Au bout de son voyage en voiture, Paul arrive sur une aire de stationnement, au fond d’une voie en impasse qui ne dessert que l’océan et un hôtel. Malgré quelques difficultés dues au temps qui a passé, les lieux gardent pour lui une certaine familiarité. Et dans l’hôtel, rien ou presque n’a changé.

 

Pendant qu’il s’accorde avec Françoise - la récente héritière des lieux, depuis très peu installée là pour faire revivre l’endroit - pour une location d’une chambre, il revoit quasi distinctement le grand-père accoudé au bar en train de radoter avec d’autres hommes et d’écluser quelque vilaine bouteille de vin rouge.

 

Devant les précisions énoncées quant à l’agencement de la chambre qu’il souhaite, et obtient sans difficulté dans l’hôtel encore vide en cette avant-saison, Françoise ne manque pas de s’étonner et ce d’autant plus qu’à ses questions, il lui assure, par des dénégations invraisemblables, que non, il vient pour la première fois !

 

Rapidement, au fil de son séjour, Paul perçoit les tensions qui éclatent entre Françoise et son mari Daniel que seule la pêche distrait suffisamment pour oublier son pays abandonné à contrecœur pour suivre l’installation de Françoise dans cette nouvelle vie.

 
Ce livre est un poème. Mieux qu’un poème, une poésie. Le ton est d’une douceur suave sans mièvrerie. Le récit est aussi rythmé que le déferlement des vagues sur la plage ou l’enchaînement de vers. Tout y est sobre, dansant, mais d’une danse lente, plein de pudeur et pourtant étonnamment vivant, mouvementé, puissant.
 

Dans cet hôtel du bord de mer, Olivier DECK fait jouer la mémoire et les émotions dès ses personnages qui cherchent tous, autour d’eux, ce qu’ils ont perdu et qui les obsède. Ce qui est autant de questions et de mystères parfois angoissants auxquels nulle réponse satisfaisante ne peut être donnée.

 

Des cris muets de désespoir profond s’évanouissent face au grondement des vagues d’un océan qui moutonne. Une quête identitaire au milieu de laquelle émergent quelques souvenirs, quelques fantômes. Le côtoiement de plusieurs détresses qui tentent, avec leurs piètres moyens, de sauver ce qui peut l’être, de se raccrocher à un espoir, de se rassurer avec l’image d’un autre désespoir plus profond que le sien, de s’accommoder de ses propres fantômes aussi, d’imaginer un nouvel avenir ?

 

Il me semble qu’avec des mots très simples, Olivier DECK est parvenu à un déferlement de sensations, d’émotions, considérable. Il évoque plus qu’il ne narre une histoire (plusieurs histoires brèves emmêlées, en fait) sur laquelle il dépose, tel un impressionniste, quelques touches de couleurs pastel qu’il éclaire de quelques rais d’une lumière du soir traversant difficilement un ciel lourd de nuages gris.

 

J’ai été captivé par les mots, charmé par une typographie atypique et une mise en page aérée, ému par ces solitudes parfois angoissées, et enfin enchanté par l’omniprésence de l’océan, moi plutôt homme de montagne.

 

J’espère que vous respirerez l’iode vivifiante de ce livre autant que moi. Il le mérite.



 

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