La Grande Sophie et Delphine de Vigan : L'une et l'autre, et vous et moi

La Licorne qui lit - 04.12.2017

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Vous le savez, il n’est pas exceptionnel que je quitte ma jolie bibliothèque nichée dans les cumulonimbus rosés pour aller parcourir et explorer le monde, votre monde. Cette chronique constitue pourtant une première. Voilà en effet six mois que j’ai la chance de partager mes lectures avec vous, que le temps passe, vole, fuit… (Note à moi-même : nous sommes le 3 décembre, commencer à dresser ma wish-list pour Noël).




 

Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler d’un livre, mais d’un spectacle : un spectacle qui lit, un spectacle qui chante, un spectacle qui vit et qui nous rappelle que la vie vaut la peine qu’on s’y attarde un peu, pour de vrai.... 

 

L’une écrit. L’autre chante. L’une est blonde. L’autre est brune. L’une cache son évidente fragilité par des grandes boucles qui lui tombent sur le visage. L’autre a fait de sa taille sa force et sa particularité. « L’une et l’autre ». Delphine de Vigan, la Grande Sophie, si différentes, pourtant si semblables. Huit livres, sept albums. Même sensibilité, mêmes regards, même talent. L’une écrit, et chante juste. L’autre chante et joue de la guitare, et écrit de belles choses. 

 

C’est en 2014 que les deux artistes décident d’unir leurs voix, leurs paroles, leurs mots et leurs notes. À la vue de la complicité et de la tendresse infinie qui lient les deux femmes, la poursuite de cette aventure littéro-musicale leur apparaît comme naturelle et nécessaire. Elles la transforment, l’enrichissent, ajoutent des sons et des syllabes, ceci pour le plus grand bonheur du public qui se laisse aisément entraîner par l’histoire de Sophie, par l’histoire de Delphine, leurs histoires qui fusionnent pour n’en faire plus qu’une… la vôtre, la mienne. Sophie et Delphine, c’est vous, c’est moi. 
 

Et si on tendait l'oreille…

 

« L’une et l’autre », auquel j’ai eu la chance d’assister dans la magnifique salle de l’Alhambra à Genève, nous parle d’enfance fantasmée, des rêves inachevés, d’amour déçus, d’illusions perdues, des blessures que l’on s’inflige, des petits riens qui redonnent le goût de l’espoir, de ciel bleu qui revient. Alors, on écoute, on rit – car oui, elles sont drôles dans la tragédie – on pleure, on s’interroge.

Les textes de Delphine et les chansons de Sophie se mêlent, s’imbriquent, se font écho, comme si elles avaient toujours créé dans le but, un jour, de lire, fredonner, chuchoter, réciter, échanger, ensemble, sur la même scène. Leurs voix se répondent et se confrontent, telles les deux faces d’un même miroir, si différentes et pourtant si semblables, si élégantes, si dignes.

 

Pour celles et ceux qui lisent Delphine de Vigan depuis ses débuts, vous reconnaîtrez certains extraits de son œuvre si profondément empreinte des questionnements auxquels elle tente de trouver des réponses dans l’écriture : secrets de famille, descente aux enfers, figure maternelle, maladie, faux-semblants, frontière mouvante entre réel et fiction, autodestruction, rapport à soi et à son image. « Jour sans faim » premier roman de Delphine De Vigan qui relate l’anorexie de Laure, 19 ans, qui ne pèse plus que 36 kilos, inspirera à Sophie la chanson « Je n’ai rien vu venir ».

Et à Delphine de Vigan de révéler que, lorsqu’elle est en train d’écrire « Les jolis garçons », sa référence musicale n’est autre que « Ringo Starr ». Sophie aime chanter les autres, ces autres qui l’entourent. Elle aime aussi chanter les rencontres, celles qui font mal, celles qui font du bien, celles que l’on manque. Delphine et Sophie ont ce même besoin existentiel de remuer les eaux stagnantes, de chercher tout au fond d’elles-mêmes, afin d’appréhender un univers qui leur semble parfois hostile et d’y trouver leur place.



 

« L’une et l’autre » se termine sur un hommage de ces deux magnifiques femmes à Alain Bashung : 

 « Osez, osez Joséphine

Osez, osez Joséphine,

Plus rien ne s’oppose à la nuit 

Rien ne justifie »
 

La vie n’est que très rarement un chemin sans embûches. Nous devons faire des détours, emprunter des voies effrayantes ; il nous arrive de faire les mauvais choix, nous retrouver sur une route qui ne mène nulle part ; nous avons à reculer, pour mieux avancer. Narguer ses démons, rouvrir les blessures passées, nous replier permet souvent de passer de l’ombre à la lumière. Pas étonnant que Sophie et Delphine, toutes de noir vêtues, se tiennent dans un clair-obscur ponctuellement illuminé par les flashs de spots qui nous aveugleraient presque. Le soleil n’est pas loin, accrochez-vous.


 

Je ne cesserai d’effleurer les couvertures, sentir les imperfections du papier, ressasser dans ma tête la dernière page lue avant de m’endormir, mais, de temps en temps, il est bon, salvateur même, de s’extraire de sa solitude pour voir, entendre, être ébloui et applaudir. Car le lecteur est finalement aussi seul que l’auteur, non ?

Recommandation de votre copine ailée en ce mois de décembre, qui s’annonce sous des auspices plus que glaciaux : mettez votre bonnet en laine (ou en cachemire), vos moufles, votre nouvelle doudoune et sortez : théâtre, musique, opéra, danse, peu importe, allez vous frotter à l’autre, allez sentir les effluves de cannelle et de vin chaud, allez admirer les décorations de Noël qui commence à égayer vos villes. J’essaierai désormais de vous parler plus régulièrement de mes différentes expériences littéraires, afin de vous donner envie d’abandonner quelques heures votre confortable canapé pour découvrir des jolies choses et des belles personnes, pour de vrai…

 

Je reviens bientôt et vous envoie, du haut de mon arc-en-ciel qui commence à flancher sous le poids des stalactites (— mites ?), mes ondes multicolores et quelques petites paillettes acidulées.

 

Delphine de Vigan – D’après une histoire vraie - LGF – 9782253068631 – 7,90 €

La Grande Sophie – La place du fantôme – Polydor/Universal