La gueule de l'emploi, de Vincent Wackenheim

Clément Solym - 28.03.2011

Livre - chomeur - arnaque - gueule


Vincent Wackenheim est un saint homme. D'ailleurs, je serai d'avis qu'on le canonise dès à présente, pour éviter les paperasseries papales post-mortem. Hop, un p'tit canon, il n'aurait probablement rien contre, et le voici saint. Sain, c'est autre chose. Encore qu'un homme citant Saint Augustin ne peut pas être complètement mauvais. Tout au pire dirait-on qu'il a de saines, voire saintes lectures. Et il nous en abreuve.

C'est qu'en achevant La gueule de l'emploi, chose que le lecteur n'avait pas avant d'ouvrir le livre, on s'aperçoit en effet que l'homme a des lettres, ou nous en donne, avec de multiples citations tirées des Aveux – et non les Confessions, titre qui reflète une banalité de traduction affligeante. Confiteo, en latin, ça signifie J'avoue, omnia, omnibus ubique, ajoutant la nuance suivante : tout et même le reste. Ou presque.

Ainsi donc, il se trouve des gens dans cette belle terre de France qui font l'apprentissage douloureux des groupes de travail de l'ancienne ANPE - Avec Nous Peu d'Espoir... rebaptisée depuis peu Pole Emploi, par pudeur politiquement correcte, bien plus qu'honnêteté intellectuelle.

Un certain narrateur, probablement une proche connaissance du sieur Wackenheim, nous raconte donc comment il fit connaissance avec ses confrères demandeurs d'emploi, expérimenta les méthodes avancées pour inciter à retrouver du travail, et finalement, aboutit à un poste complètement inattendu d'entrepreneur, dans une société montée entre la sauce blanche et les oignons, dans un kebab situé non loin du Pôle emploi.

Quelque part entre Maréchaux et le périphérique, même. Avec son groupe d'Activation-Motivation, réunissant des cadres chômeurs, notre narrateur se retrouve ainsi mêlé à une histoire de gros bras, petits truands, qui malmènent le quartier. Ils prennent leur commission pour assurer la sécurité des commerçants, cette étrange assurance-vie que l'on contracte d'ordinaire avec la mafia, et qu'il est préférable de ne jamais résilier, si l'on ne tient pas à avoir des ennuis, étonnamment jusqu'à lors évités.

L'affaire étant réglée dans les meilleurs délais, et avec un taux de réussite qui plairait aux sondages, voici que le petit groupe entame une reconversion – avec paiement en liquide obligatoire – en créant une société, reposant sur le service. Les services, même. Tous les services. On ne parle pas de truanderie, entre gens bien élevés, aussi classera-t-on simplement leur activité comme appartenant au secteur tertiaire, avec une forte orientant dans le commerce de proximité. Des gens louables, serviables, toujours prêts, quelles que soient les circonstances, à prêter main-forte, tant que l'on paye en liquide.

Le reste, on vous enjoint, que dis-je !, on vous exhorte, à le découvrir par vous-même. Les péripéties découlent d'une imagination frisant la maladie mentale encore inconnue, quelque part entre l'imagination débridée et la cavalcade fantaisiste.
Même le Salon du livre y passe, avec sa petite anecdote fameuse. À truands, truands et demis : l'équipe de bras cassés se mouille dans des combines qui touchent le plus haut de l'État. C'est un bonheur.

La gueule de l'emploi, ou LGDE pour les intimes doit compter dans votre bibliothèque.
Et ce n'est pas négociable.


Mais par souci de véracité, je vous avouerai que la fin m'a laissé sur ma faim. Avec sauce blanche et sans oignons, par contre. Mais bien cuites, les frites !


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