La Lampe d'Aladino, Luis Sepúlveda

Clément Solym - 23.03.2009

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Vaincre l'oubli... L’affaire de toute une vie et pourtant si simplement menée. Qu'il soit permis une seconde de raconter pourquoi nous avons choisi de chroniquer ce livre : on s'est fait avoir. Si. En effet, d'Aladino à Aladin, il n'y a finalement qu'une voyelle. En parcourant la quatrième de couverture, on se prend même à imaginer une révision en bonne et due forme de la lampe, du génie, au travers de ce marchand turc nommé Aladino, et hop, on se décide par curiosité à lire ce livre.

 

Voilà toute l'affaire. Mais s'il existe bien une lampe et un Aladino dans ce récit, et que l'on peut le qualifier de génial, les ressemblances s'arrêtent là. Exclusivement.

 

Et même, cette nouvelle est loin d'être la plus importante - pas au sens qualitatif – du recueil. Dans les onze autres textes, aucune trace de merveilleux, de fantastique ou de magie, pas au sens classique du terme en tout cas. Car s'il y a bien quelque chose de fantastique, c'est dans la simplicité de ces récits ; le merveilleux ne résulte que de ces morceaux de vies insolites ; la magie, c'est celle d'un quotidien qui est élevé à l'extraordinaire...

 

Celui qui révélera tout particulièrement tous ces éléments est sans conteste L'île. Il raconte comment un homme s'est pris d'amour pour une femme, mariée à Kurt, celui qui aurait aimé devenir marin. Leur amour aura été immédiat, mais par respect pour son ami Kurt, l'homme en question n'aura jamais franchi la limite de l'adultère. Mais atteint d'un cancer du pancréas, Kurt lui demande de respecter ses dernières volontés : il sait pour tous deux, il bénit même leur union prochaine, et demande que Silke soit heureuse et qu'il fasse tout pour que ce soit le cas.

 

Mais les histoires d'amour finissent mal, en général, comme en atteste clairement la citation liminaire qui débute le récit, et qui est tirée d'une improbable encyclopédie populaire de l'échec sentimental latino-américain...

 

Tout y est décrit avec la tendresse de la compassion, avec la fougue de la confidence passionnée. Le désarroi de cet homme n'a plus rien de commun, quoiqu'il soit universel. Toute cette tristesse est élevée à un niveau sublime qui défie les simples histoires humaines et les magnifie pourtant.

 
Et ce n'est là qu'un début.
 

Même Aladino, notre marchand turc, nous plonge dans des relations commerciales ancestrales entre Phéniciens et les habitants du Mont Chenon, pour un bref retour dans l'Histoire, vue à travers cette petite histoire. Les rites prennent un sens nouveau, ou plutôt, ils retrouvent la puissance de leur simplicité, et mettent en exergue ceux qui codifient les relations marchandes de son temps.

 

Aladino a retrouvé le temps passé et par son souffle calme, loin des tempêtes, il les consacre.

 

Toutes ces histoires, « pour vaincre l'oubli », sont autant de sésames vers l'ailleurs d'une mémoire, de souvenirs qui soudain nous lovent dans un cocon qui ne protège pas de la vie et de ses heurts. En fait, toute la rudesse de l'existence y est évoquée. Mais avec une tendresse infinie. Un voyage dans la mémoire, peut-être, mais un voyage avant tout au coeur de nos vies...


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