La leçon de Rosalinde : la philosophie, comme il lui plait

Auteur invité - 21.11.2018

Livre


ESSAI - Né à Casablanca au Maroc, professeur de Lettres, Mustapha Fahmi enseigne la littérature anglaise à l'université du Québec à Chicoutimi, et est surtout connu pour être un grand spécialiste de l'œuvre de Shakespeare. Ce n'est donc pas par hasard que le recueil de pensées et de réflexions qu'il nous livre porte le nom de Rosalinde, l'héroïne de Comme il vous plaira.

 


 

Œuvre concise qui se lit avec aisance et plaisir, La leçon de Rosalinde est divisée en plusieurs parties portant chacune sur un thème. Avec des textes très courts, parfois même très succincts, mêlant citations, analyses, aphorismes ou observations, l’ouvrage s'apparente à un carnet personnel de pensées et de réflexions.
 

Pour introduire sa réflexion, Mustapha Fahmi a souvent recours aux personnages de Shakespeare, ou à des citations de grands auteurs de la littérature ou de la philosophie. Il invite, tour à tour, Heidegger, Spinoza, Nietzsche, Dostoïevski, Cervantès, Tchekhov et bien d'autres.
 

Porté par un style simple mais rigoureux, dépouillé de termes trop techniques et avec un souci de vulgarisation, l'ouvrage se veut accessible à tous.
 

Mais il ne faut pas s’y tromper, cette simplicité n'est qu'apparente. L'air de rien, l'auteur nous amène à réfléchir sur les grands problèmes de notre temps.

 

Le dernier homme est le fruit d'une démocratie poussée à l'extrême, quand un principe noble comme l'égalité des chances se transforme en conformisme total où les gens parlent le même langage et partage les mêmes opinions, les mêmes sentiments.


 

Il place sa santé physique avant tout, car dans un monde dépourvu d'idées, de principes et de valeurs, il ne lui reste qu'une seule chose : vivre longtemps.

 

Nietschze donne le ton : ce « dernier homme » nous ressemble étrangement à bien des égards. Sans vraiment apporter une réponse catégorique, Mustapha Fahmi expose les maux de notre société et laisse s'installer volontairement un silence, pour pousser le lecteur à mener sa propre réflexion philosophique.
 

Lorsqu'il aborde le thème du respect, il bouscule nos certitudes : pourtant centrale, universelle, dans nos sociétés modernes, la valeur du respect, galvaudée, s'est transformée en coquille vide. Elle devient « une valeur froide, en une sorte de flamme artificielle qui éclaire nos sociétés modernes, sans diffuser de chaleur. »
 

Il suggère d'opter pour une autre valeur, plus sûre, celle du dialogue, c'est-à-dire un échange, une reconnaissance réciproque entre deux consciences.
 

Et la littérature tient une grande place dans ce recueil. Mais à quoi sert-elle ? Quelle place tient-elle dans nos sociétés ?
 

La littérature reste pour lui le meilleur outil d'émancipation. En parlant de l'université, Mustapha Fahmi dresse un étrange parallèle entre cette institution, injustement mise au ban, et la belle Hélène de Troie, prise entre le pragmatisme de l’un et l'idéalisme de l’autre.
 

Si l’auteur est un chercheur spécialisé dans le théâtre de Shakespeare, il est avant tout un passionné. Passionné de Shakespeare certes, mais encore davantage de ses personnages. Lear, Coriolan, Jules César, Richard II, Roméo et Juliette, Rosalinde ou Hamlet, les personnages de Shakespeare illustrent habilement sa démonstration philosophique, et apportent, surtout, une saveur toute particulière à son propos.
 

Dans la partie intitulée « Variation », l'auteur brosse le portrait de trois personnages : Don Quichotte et Richard II et Hamlet, qui retient bien sûr particulièrement l’attention du philosophe .
 

On se demande à propos du prince du Danemark... Qu'est-ce qui l'empêche d'agir ? Les plus grands ont cherché à comprendre ce mystère, Goethe, Coleridge, Nietzsche, même le grand Freud a donné son explication. Et l’on sent combien ces grands textes ont forgé la pensée de Mustapha Fahmi, ont nourri ses analyses et ses réflexions, développées au cours de ses nombreuses conférences.
 

La civilisation occidentale est appelée à disparaître un jour : le jour où le sort de la belle Hélène sera décidé par le cliquètement assourdissant des calculatrices.


Malgré la mise en garde, l'issue n'est pas irrémédiable : la société trouvera son salut grâce à l'art et à l'imagination.
 

L'essai de Mustapha Fahmi fait la part belle au grand dramaturge anglais. Lorsqu'on l'interroge : pourquoi Shakespeare ? L'universitaire répond : parce qu'il a tout compris.
 

« Il me semble parfois que toute la philosophie n'est qu'une méditation de Shakespeare » considérait Emmanuel Levinas cité par l’auteur. C'est dans cette observation qu'il faut comprendre cette « invitation au voyage » littéraire et philosophique qui nous est adressée.
 

« Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs. Ils ont leurs entrées et leurs sorties. »
 

Dounia Tengour
Chercheuse en litterature et chroniqueuse litteraire


Mustapha Fahmi - La leçon de Rosalinde - Éditions La Peuplade - 9782924519769 - 18€




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