La Légende de nos pères, Sorj Chalandon

Clément Solym - 28.10.2009

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Pourquoi écrire si ce n’est pour la postérité ? Le commun des mortels n’aura pas cette chance. Sauf si un ancien journaliste vous propose de « vivre une aventure littéraire unique et passionnante ». Et c’est ce que fait Marcel Frémaux. Des clients, il en a eu de toutes sortes : instituteur, filandière et bien d’autres. Et la demande d’être tellement élevée qu’il en a fait son métier. « Toute vie mérite d’être racontée ». Le biographe écoute les confessions, les souvenirs. Et puis les réécrit. Après plusieurs entretiens, le texte est prêt. Le livre est imprimé, le client est content.

Alors quand Lupuline Beuzaboc lui demande d’écrire la vie de son père, Marcel Frémaux accepte. Une commande comme une autre ? Pas tout à fait. Avec Beuzaboc, c’est différent. Ancien cheminot du Nord, l’homme a été résistant. Un héros discret, dont la confession n’a été jusqu’alors que déposée au creux de l’oreille de sa fille. Pour son anniversaire, Lupuline veut coucher sur papier les mémoires de ce père bien-aimé. Mais l’affaire n’est pas simple. Beuzaboc après s’y être fortement opposé, accepte non sans réticence.

C’est l’occasion pour le vieil homme de revenir sur ses actions héroïques. Et pour Frémaux de comprendre son propre père. Trop petit pour saisir l’enjeu des récits de feu « Brumaire » son père, il est passé à côté de l’histoire d'un homme qu’il ne connaîtra jamais vraiment. À travers les mots de Beuzaboc, c’est son père qui revit. L’opportunité pour lui d’extérioriser la douleur d’avoir laissé partir « ce héros sans lumière ».

Mais Frémaux est tombé sur un os. Le mensonge est un vilain défaut. Du moins, il est souvent considéré comme tel. Pas pour Marcel. Il y encourage de temps en temps ses clients. Mais avec Beuzaboc, c’est différent. Au fur et à mesure des entretiens, il surprend des incohérences : le récit du vieil homme s’opacifie. Le doute s’immisce. Serait-il tombé sur un mythomane ?

À vrai dire, la réponse est grossièrement indiquée dès les premiers chapitres. Les récits du Beuzaboc reprennent avidement les hauts faits des résistants : attentats, exécution de nazis ou encore sauvetage de pilotes anglais. Les histoires se mêlent et s’emmêlent. La narration s’obscurcit, devient un incessant télescopage entre le passé et le présent, entre les évènements et les dates, auquel s’ajoute une pléthore de personnages.

Frémaux s’y perd. Nous aussi. Redondantes, déliées, compliquées, les élucubrations de Beuzaboc ennuient. D’ailleurs, on s’étonne que Frémaux mette autant de temps à comprendre. Pour un ancien journaliste, même de la Voix du Nord, on frise le ridicule.

S
Sorj Chalandon
es réactions le sont tout autant. Cautionner la mythomanie d’un homme qui se prétend un héros aux yeux de tous, ne concorde pas avec le devoir de mémoire d’un fils de résistant. Le pseudo duel entre les deux hommes n’a rien de glorieux, et c’est franchement maladroit. À cela, il faut ajouter la figure de l’écrivain, grossièrement fardé sous les traits du biographe. Peut-être bien est-ce de Chalandon lui-même dont il est question. Qu’à cela ne tienne : l’exploitation du topos de la mise en abîme de l’acte d’écriture est plus que récurrente aujourd’hui. Aborder les questions relatives à la fiction, à la vérité et à l’acte d’écrire, pourquoi pas. Encore faut-il apporter sa pierre à l’édifice. Et ce n’est pas le cas.

Enfin, on aurait pu être plus clément avec les personnages de Beuzaboc et de Lupuline. Mais la chute du récit joue contre eux. Lupuline, se positionne en bonne petite fille. Sa crédulité de femme mûre n’a rien de crédible. Quant à Beuzaboc, sa mythomanie est récompensée. Sauvé par son aveu final, l’homme en sort grandit. L’absolution de ses mensonges, accordée par tous, ne prend pas et pourrait bien en choquer plus d’un.

Chalandon sait effectivement raconter. Mais ses maladresses et la faiblesse du scénario ne parviennent pas à séduire. Le seul mérite du texte est peut-être d’insister sur l’importance du devoir de mémoire, et encore… Pour sûr, le roman de Chalandon ne restera pas dans la légende.


 

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