La ligne de courtoisie, Nicolas Fargues

Clément Solym - 23.01.2012

Livre - Nicolas Fargues - La ligne de courtoisie - P.O.L.


Dans l'absolu, on aime (beaucoup) Nicolas Fargues. On admire sa réflexion incisive et originale sur la condition humaine,  sa propension aux phrases amples, aux propositions qui se répondent, jusque dans la qualité de la langue, sa précision, son obsession du sens juste.


Et jusque dans la démarche, à creuser chaque thème, à en explorer les moindres recoins jusqu'à l'épuisement du langage. Mais, cette fois, en dépit de beaux et notables paragraphes, on a un peu plus de mal à apprécier. Parce que dans ce nouveau roman,  ce qu'on lit au contraire, ce sont surtout des mots plus terre à terre, une histoire bancale, plus légère.


Pression d'un succès, ou simple passage à vide... Quoi qu'il en soit, et malgré, toujours, de belles prouesses stylistiques, il manque un peu d'étonnement pour qu'il soit élu le roman de l'hiver.

L'histoire est celle d'un narrateur dont on ne connaîtra jamais son nom. Nous savons qu'il a 43 ans, deux enfants dont il n'est pas vraiment proche, et qu'il est divorcé de leur mère. Le temps d'un dîner famille/amis suffit à mesurer le fossé qui les sépare.

 

Après quelques succès, sa carrière d'écrivain est en panne. Il décide alors de prendre le large en Inde, et sur un coup de tête, de s'installer là-bas. C'est ainsi qu'il ensevelit son passé, et un peu d'horizon.

 Comme toujours, Nicolas Fargues traque ces métamorphoses, ces mouvements imperceptibles qui sont aussi – émouvants, horribles et fascinants – au cœur de ce qu'il écrit. 

 

Son sens de l'observation allié à un souci du détail poussé à son paroxysme informe plus que tout autre discours sur le caractère du narrateur et le regard acerbe qu'il porte sur ses contemporains et sur lui-même.


Lutter contre, rendre compte et façonner le désordre des hommes, le fractionner encore, puis le rassembler dans un monologue intérieur parfois paradoxal : d'un registre à l'autre, de la colère au burlesque, du descriptif au déraisonnable.

 

Nicolas Fargues sonde les personnalités. Absurdes, ajustés, assourdissants, les mots de l'auteur donnent toujours l'impression de défricher des terres inconnues et font de lui un grand écrivain. Son dernier récit impose un devoir d'exigence, qui fait de lui un texte impeccable entre « traité » et petit « essai ».


Mais, malgré la gravité essentielle du sujet, il manque le cœur, le fond, l'envolée romanesque. Ce récit de voyage reste immobile, et la fin laisse un goût d'inachevé. S'il offre donc de belles satisfactions, la quête ontologique de Nicolas Fargues n'a pas été menée à son terme, cette fois-ci.


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