La lumière prodigieuse, Fernando Marias

Clément Solym - 15.08.2011

Livre - lumiere - prodigieuse - fernando


Alors qu’il vient de couvrir les cérémonies organisées par une municipalité d’Andalousie en l’honneur du cinquantième anniversaire de la mort de Federico Garcia Lorca et qu’il ne lui reste plus qu’à attendre le départ de son train, un jeune journaliste musarde dans les bars pour faire passer le temps.

C’est dans l’un d’entre eux, un peu sordide, qu’il lui advient d’assister à une scène désagréable au cours de laquelle le patron des lieux moleste un vieil homme aux vêtements plus qu’élimés qui n’a pas l’argent pour payer ses consommations. Aussi, intervient-il pour régler la dette du vieil homme, ce qui lui vaut de recevoir une reconnaissance immédiate sans pour autant être servile.

Le vieux a encore sa dignité et, au milieu des vapeurs de l’alcool, une bonne dose de lucidité.
Autour d’un autre verre, dans un autre bar, en guise de remerciement, il se met à raconter une histoire extraordinaire, un véritable scoop, au journaliste qui met alors son magnétophone en marche pour n’en rien rater.

Le procédé de l’écrivain qui écrit une histoire qui lui a été racontée par un témoin oculaire des évènements narrés est, certes, un peu banale voire éculée mais Fernando Marias renouvelle un peu la méthode en mélangeant, sur fond historique, des détours de l’Histoire qui pourraient bien être vrais mais qui, à l’exception des rares témoins immédiats, seraient restés inaudibles au reste du monde, cachés derrière le profond brouhaha des faits qui monopolisent le devant de l’information.

Pourquoi, en effet, un personnage du devant de la scène publique, ne pourrait-il pas, au profit de circonstances exceptionnelles, poursuivre une trajectoire à l’insu de tous ? L’idée d’une vie (réelle) après la mort (fausse) est originale.

Parti des première heures sombres de la Guerre Civile Espagnole, Fernando Marias va faire traverser à son personnage toute cette période douloureuse et l’emmener jusqu’au milieu des années quatre vingt.

Et, avec ce vieux qui raconte son histoire au journaliste en s’accompagnant au Cognac, il va nous faire, nous aussi, traverser toutes ces périodes que marque également l’évolution de la société espagnole. Du passage des relations paternalistes au sein d’une entreprise familiale à l’indifférence froide de l’argent dénué d’humanité. Des bars où les filles vont et viennent alors que certaines désespérément restent. De la descente aux enfers d’êtres qui n’ont pas pu prendre les mêmes tournants que ceux pris par la société qui les entoure.

Il y glisse aussi, certainement, un petit règlement de compte avec un biographe qui aurait oublié de s’effacer derrière le sujet de son travail qu’il ne fait qu’utiliser au profit de sa propre promotion : amusant !

Ce qui est intéressant dans tout cela, au delà du conte qui est d’une grande qualité, c’est que, au fond, cela pourrait bien être vrai : Federico Garcia Lorca pourrait bien ne pas être mort en août 1936 !

(Traduit de l’Espagnol par Raoul Gomez)

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