La main de Tristan : l'homme blessé d'Olivier Steiner

Félicia-France Doumayrenc - 08.09.2016

Livre - histoire d'amour - Patrice Chéreau - deuil


Prélude à Tristan :  ” ce prélude qui ne prélude à rien et donc à tout”.

 

Il y a des livres, des mots qui vous soulèvent. Des pages qu'on lit et relit comme une douceur. Cette rentrée littéraire est décidément pleine de surprises. Beaucoup de déceptions et quelques pépites. Parmi eux, un bouleversant.

 

La main de Tristan d’Olivier Steiner. Qu’il était attendu ce livre, que d’aucuns en avaient fait des gorges chaudes, cela bruissait on entendait les mots provocation, exhibitionnisme, impudeur. De tout cela il n’est rien.

 

Cela fait mal un livre bien écrit. Cela fait sens. Il faut du talent pour l’écrire, il faut du courage pour dire un intime. Pour livrer une histoire d’amour, même si elle est semble différente, mais toute histoire d’amour n’est-elle pas en soi différente et particulière ?

 

Il y a avait eu Bohème, le premier livre qui avait laissé l’auteur sur le rivage, il avait eu un prix mais surtout s’étant entendu dire :

 

“ (…) il faut que tu saches une chose Olivier, une chose à laquelle je ne peux remédier – j’ai essayé pourtant. Je te remercie évidemment, vraiment, d’avoir déjoué des pièges qui t’étaient tendus avec la parution de Bohème, je t’en suis très reconnaissant crois-moi. Je te suis infiniment reconnaissant de ta loyauté quand je t’ai demandé des changements très lourds dans ton manuscrit et que tu les as faits, même quand ça pouvait défigurer ton texte – notre texte ! Mais il faut que tu mesures que quelque chose s’est probablement cassé entre nous avec ce livre. Je t’ai donné l’autorisation de le mettre en chantier, l’autorisation que tu me demandais, parce que je pensais que tu devais l’écrire, mais le fait est que depuis je t’en ai voulu. (…)  Ce qui s’est passé avant Trouville était beau et incroyablement  bouleversant jusqu’à la douleur – ça l’a été pour moi – parce que nous étions dans l’érotisme des lettres, des voix la nuit, loin l’un de l’autre et tellement proches autour de Tristan. Alors voir tout ça dévoilé en fiction que l’on peut acheter dans une librairie aura été troublant pour moi, dérangeant, et depuis je t’en veux.”

 

 

L’homme blessé mettra trois mois avant de lui téléphoner de nouveau, pour se retrouver, se remettre à boire des vodkas.

 

Olivier Steiner dans La main de Tristan pose un questionnement nécessaire sur l’autofiction dans ces phrases :

 

“ Oui, c’est violent d’être pris dans la narration d’un autre, même si les intentions ne sont pas mauvaises. On est jamais bien dans le discours d’un autre, dans ses mots, il y a toujours, quoiqu’on dise, falsification d’un vécu. Parce que toute la vie ne pourra jamais entrer dans une phrase ! Encore moins dans une phrase écrite par un autre. Mais comment faire ? Donc on écrit plus que sur Phèdre, Cléopâtre, et Charlemagne ? Plus un mot n’est possible sur aujourd’hui, les gens qui existent, les gens réels ? ”

 

La main de Tristan est un texte qui emporte. Il ne faut pas le dévoiler, pas le raconter, pas en dire la trame. Il faut le prendre, l’ouvrir, le lire et le relire.  Il n’entre dans une aucune catégorie, sur la quatrième de couverture, il est mis cette citation de Pascal Quignard “ le roman est l’autre de tous les genres. ” Dans celui-ci, on entre à yeux feutrés et on en sort autre émotionnellement, physiquement transformé. C’est un livre à avoir absolument, dans toute cette rentrée littéraire, s’il y en a quelques uns qui sortent du lot, celui-ci en fait partie et de très loin.


Pour approfondir

Editeur : Des Busclats
Genre : litterature...
Total pages : 120
Traducteur :
ISBN : 9782361660703

La main de Tristan

de Olivier Steiner

Après Bohème et La Vie privée publiés aux éditions Gallimard, Olivier Steiner clôt ce tryptique sur ses années de formation avec La main de Tristan. Ce troisième texte n'est pas tout à fait un roman, pas tout à fait un récit. C'est une lettre d'amour, un journal de deuil. Ou simplement un roman au sens que lui donne Pascal Quignard : "le roman est l'autre de tous les genres." Né à Tarbes en 1976, Olivier Steiner a d'abord été comédien avant de tourner vers l'écriture et publier son premier livre en 2012.

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