La malédiction Hilliker, de James Ellroy

Clément Solym - 16.06.2011

Livre - malediction - hilliker - james


Un livre à réserver aux inconditionnels de James Ellroy, un livre utile pour comprendre ses obsessions, ses angoisses, ses souffrances mais en aucun cas un livre magistral ni comparable  à « Ma part d’ombre », autobiographique également.

Car il faut être préparé au style de James Ellroy, avoir été fasciné par ses romans comme « le Dalhia noir » ou « L.A Condiential » pour accepter de se plonger dans ce dernier opus et y trouver un intérêt. Assurément, ne commencez par ce livre pour découvrir James Ellroy ; vous risqueriez de ne pas aller plus loin alors que c’est un auteur remarquable, époustouflant et incontournable dans les Lettres américaines contemporaines.

Ainsi donc, ce récit est une sorte de confession brutale de l’auteur, sans concessions pour lui-même (et pour son lecteur aussi peut être) au sein de laquelle il exprime ses faiblesses, sa douleur, sa fragilité et cette obsession pour la Femme, depuis sa mère jusqu’à ses épouses et amantes, comme une malédiction qui ne lui laisse aucun répit, aucun apaisement. Une sorte de livre-thérapie pour exorciser ce mal être et ce dégoût de soi si prononcé, si destructeur.

Enfant, il a souhaité la mort de sa mère ; elle a été retrouvée morte, assassinée, quelques jours plus tard. Ainsi, toute sa vie, il sera maudit.
A travers 6 parties, Ellroy décrit les relations féminines qui ont marqué son existence, sa quête inassouvie des femmes, ses fantasmes les plus intimes. La femme comme un être qui libère, influence, inspire ou détruit ; la femme comme une raison d’être encore en vie. La femme sans laquelle il ne peut rien être ni devenir, la femme qui sauve. « Amante, confidente, corruptrice, âme puissante et camarade sacrée » c’est Helen Knode notamment, la journaliste qu’il épouse en 1991, qui le libère au départ, stimule son acte d’écrire. Mais le couple aura du mal à sortir indemne des angoisses et paniques obsessionnelles de l’auteur.
 
La dépression sévère dans laquelle il sombre l’entraîne ailleurs vers Joan. « Notre amour fut immédiat et nul engagement ne l’entravait ». Mais cette relation s’effrite également. Alors vient Karen, la femme mariée, « Karen m’apprend ce qu’est une famille » avec laquelle il conclut « un pacte d’amitié ». Et enfin, Erika, la femme qui l’accompagne encore aujourd’hui. Elle est « superbe », « nous n’étions pas faits l’un pour l’autre » et pourtant elle est celle qui va briser la malédiction. « J’ai couru vers Erika pendant cinquante ans. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais la fuir […] Je ne suis bon à rien sans elle. Elle n’est bonne à rien sans moi […] Elle m’ordonne de sortir de l’ombre et de m’avancer en pleine lumière. »

Ainsi l’auteur expose-t-il toute sa fragilité, se met à nu sans complaisance au risque de créer parfois un malaise chez le lecteur. Dans un style crû mais sincère et émouvant, il se livre entièrement. Trop ? Peut-être.

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Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias